Kritische Edition des Libretto-Erstdrucks Wien 1786 (Libretto)   Kritische Edition der Vorlage von Beaumarchais, Kehl 1785 (Vorlage)  
ATTO PRIMO
ACTE PREMIER
Camera non affatto ammobigliata, una sedia d'appoggio in mezzo.
Le théâtre représente une chambre à demi démeublée; un grand fauteuil de malade est au milieu.Figaro, avec une toise, mesure le plancher. Suzanne attache à sa tête, devant une glace, le petit bouquet de fleurs d'orange appelé chapeau de la mariée.
SCENA I
SCÈNE PREMIÈRE
Figaro con una misura in mano e Susanna allo specchio che si sta mettendo un cappellino ornato di fiori.
Figaro, Suzanne.
Figaro
Figaro
    Cinque… dieci… venti… trenta…
Dix-neuf pieds sur vingt-six.
trentasei… quarantatré.
Susanna
Suzanne
(Fra sé stessa, guardandosi nello specchio.)
Ora sì ch'io son contenta:
sembra fatto inver per me.
(Seguitando a guardarsi.)
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    Guarda un po', mio caro Figaro,
Tiens, Figaro, voilà mon petit chapeau : le trouves-tu mieux ainsi ?
guarda adesso il mio cappello.
Figaro
Figarolui prend les mains.
Sì, mio core, or è più bello:
Sans comparaison, ma charmante. Oh ! que ce joli bouquet virginal, élevé sur la tête d'une belle fille, est doux, le matin des noces, à l'œil amoureux d'un époux !…
sembra fatto inver per te.
A due
    Ah il mattino a le nozze vicino
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quanto è dolce al mio|tuo tenero sposo
questo bel cappellino vezzoso
che Susanna ella stessa si fe'.
Susanna
Suzannese retire.
Cosa stai misurando,
Que mesures-tu donc là, mon fils ?
caro il mio Figaretto?
Figaro
Figaro
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Io guardo se quel letto
Je regarde, ma petite Suzanne, si ce beau lit que Monseigneur nous donne aura bonne grâce ici.
che ci destina il Conte
farà buona figura in questo loco.
Susanna
Suzanne
E in questa stanza?…
Dans cette chambre ?
Figaro
Figaro
                      Certo, a noi la cede
Il nous la cède.
generoso il padrone.
Susanna
Suzanne
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Io per me te la dono.
Et moi je n'en veux point.
Figaro
Pourquoi ?
Suzanne
Je n'en veux point.
Figaro
Mais encore ?
Suzanne
Elle me déplaît.
Figaro
Figaro
                     E la ragione?
On dit une raison.
Susanna
(Toccandosi la fronte.)
La ragione l'ho qui.
Figaro
(Facendo lo stesso.)
                    Perché non puoi
far che passi un po' qui?
Susanna
Suzanne
                         Perché non voglio.
Si je n'en veux pas dire ?
Figaro
Oh ! quand elles sont sûres de nous !
Suzanne
Sei tu mio servo o no?
Prouver que j'ai raison serait accorder que je puis avoir tort. Es-tu mon serviteur, ou non ?
Figaro
Figaro
                      Ma non capisco
Tu prends de l'humeur contre la chambre du château la plus commode, et qui tient le milieu des deux appartements. La nuit, si Madame est incommodée, elle sonnera de son côté ; zeste, en deux pas tu es chez elle. Monseigneur veut-il quelque chose ? il n'a qu'à tinter du sien ; crac, en trois sauts me voilà rendu.
perché tanto ti spiaccia
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la più commoda stanza del palazzo.
Susanna
Perch'io son la Susanna, e tu sei pazzo.
Figaro
Grazie, non tanti elogi! Osserva un poco
se potriasi star meglio in altro loco.
    Se a caso madama
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la notte ti chiama:
din din, in due passi
da quella puoi gir.
    Vien poi l'occasione
che vuolmi il padrone:
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don don, in tre salti
lo vado a servir.
Susanna
Suzanne
    Così se il mattino
Fort bien ! mais quand il aura « tinté » le matin, pour te donner quelque bonne et longue commission ; zeste, en deux pas il est à ma porte ; et crac, en trois sauts…
il caro Contino:
din din, e ti manda
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tre miglia lontan;
    din din, e a mia porta
il diavol lo porta;
don don, e in tre salti…
Figaro
Figaro
Susanna, pian pian.
Qu'entendez-vous par ces paroles ?
Susanna
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    Ascolta…
Figaro
              Fa' presto…
Susanna
Se udir brami il resto
discaccia i sospetti
che torto mi fan.
Figaro
    Udir bramo il resto:
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i dubbi, i sospetti
gelare mi fan.
Susanna
Suzanne
Or bene, ascolta e taci.
Il faudrait m'écouter tranquillement.
Figaro
(Inquieto.)
Figaro
Parla, che c'è di nuovo?
Eh qu'est-ce qu'il y a ? bon Dieu !
Susanna
Suzanne
                         Il signor Conte,
Il y a, mon ami, que las de courtiser les beautés des environs, monsieur le comte Almaviva veut rentrer au château, mais non pas chez sa femme ; c'est sur la tienne, entends-tu, qu'il a jeté ses vues, auxquelles il espère que ce logement ne nuira pas. Et c'est ce que le loyal Bazile, honnête agent de ses plaisirs et mon noble maître à chanter, me répète chaque jour en me donnant leçon.
stanco di andar cacciando le straniere
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bellezze forastiere,
vuole ancor nel castello
ritentar la sua sorte,
né già di sua consorte, bada bene,
appetito gli viene…
Figaro
                     E di chi dunque?
Susanna
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De la tua Susannetta.
Figaro
(Con sorpresa.)
Di te?
Susanna
      Di me medesma; ed ha speranza
che al nobil suo progetto
utilissima sia tal vicinanza.
Figaro
Bravo! Tiriamo avanti.
Susanna
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Queste le grazie son, questa la cura
ch'egli prende di te, della tua sposa.
Figaro
Oh guarda un po' che carità pelosa!
Susanna
Chetati, or viene il meglio: Don Basilio,
mio maestro di canto, e suo mezzano,
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nel darmi la lezione
mi ripete ogni dì questa canzone.
Figaro
Figaro
Chi? Basilio? Oh birbante!
Bazile ! ô mon mignon ! si jamais volée de bois vert appliquée sur une échine a dûment redressé la mœlle épinière à quelqu'un…
Susanna
Suzanne
E tu forse credevi
Tu croyais, bon garçon ! que cette dot qu'on me donne était pour les beaux yeux de ton mérite ?
che fosse la mia dote
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merto del tuo bel muso!
Figaro
Figaro
Me n'era lusingato.
J'avais assez fait pour l'espérer.
Suzanne
Que les gens d'esprit sont bêtes !
Figaro
On le dit.
Suzanne
Mais c'est qu'on ne veut pas le croire.
Figaro
On a tort.
Susanna
Suzanne
                   Ei la destina
Apprends qu'il la destine à obtenir de moi, secrètement, certain quart d'heure, seul à seule, qu'un ancien droit du seigneur… Tu sais s'il était triste !
per ottener da me certe mezz'ore…
che il diritto feudale…
Figaro
Figaro
Come? Ne' feudi suoi
Je le sais tellement que, si monsieur le comte, en se mariant, n'eût pas aboli ce droit honteux, jamais je ne t'eusse épousée dans ses domaines.
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non l'ha il Conte abolito?
Susanna
Suzanne
Ebben, ora è pentito, e par che voglia
Eh bien ! s'il l'a détruit, il s'en repent ; et c'est de ta fiancée qu'il veut le racheter en secret aujourd'hui.
riscattarlo da me.
Figaro
Figaro, se frottant la tête.
                  Bravo! Mi piace:
Ma tête s'amollit de surprise ; et mon front fertilisé…
che caro signor Conte!
Ci vogliam divertir: trovato avete…
Suzanne
Ne le frotte donc pas !
Figaro
Quel danger ?
Suzanne, riant.
S'il y venait un petit bouton… des gens superstitieux…
Figaro
Tu ris, friponne ! Ah ! s'il y avait moyen d'attrapper ce grand trompeur, de le faire donner dans un bon piège, et d'empocher son or !
Suzanne
De l'intrigue et de l'argent ; te voilà dans ta sphère.
Figaro
Ce n'est pas la honte qui me retient.
Suzanne
La crainte ?
Figaro
Ce n'est rien d'entreprendre une chose dangereuse, mais d'échapper au péril en la menant à bien : car, d'entrer chez quelqu'un la nuit, de lui souffler sa femme et d'y recevoir cent coups de fouet pour la peine, il n'est rien plus aisé ; mille sots coquins l'ont fait. Mais… (On sonne de l'intérieur.)
(Si sente suonare un campanello.)
Suzanne
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Chi suona? La Contessa.
Voilà Madame éveillée ; elle m'a bien recommandé d'être la première à lui parler le matin de mes noces.
Figaro
Y a-t-il encore quelque chose là-dessous ?
Susanna
Suzanne
                       Addio, addio,
Le berger dit que cela porte bonheur aux épouses délaissées. Adieu mon petit Fi, Fi, Figaro. Rêve à notre affaire.
Fi… Fi…garoDie erste Silbe des Namens „Figaro“ wird im Libretto-Erstdruck nur zwei- statt dreimal wie in Mozarts Vertonung wiederholt. Dadurch fehlt dem Siebensilbler im Libretto eine Silbe. bello…
Figaro
Figaro
Coraggio, mio tesoro.
Pour m'ouvrir l'esprit, donne un petit baiser.
Susanna
Suzanne
                     E tu cervello.
À mon amant aujourd'hui ? Je t'en souhaite ! Et qu'en dirait demain mon mari ?
Figaro l'embrasse.
Suzanne
Eh bien ! eh bien !
Figaro
C'est que tu n'as pas d'idée de mon amour.
Suzanne, se défrippant.
Quand cesserez-vous, importun, de m'en parler du matin au soir ?
Figaro, mystérieusement.
Quand je pourrai te le prouver du soir jusqu'au matin. (On sonne une seconde fois.)
Suzanne, de loin, les doigts unis sur sa bouche.
Voilà votre baiser, monsieur ; je n'ai plus rien à vous.
Figarocourt après elle.
Oh ! mais ce n'est pas ainsi que vous l'avez reçu…
(Parte.)
SCENA II
SCÈNE II
Figaro solo.
Figaro, seul.
Figaro
(Passeggiando con foco per la camera e fregandosi le mani.)
Bravo, signor padrone!… Ora incomincio
La charmante fille ! toujours riante, verdissante, pleine de gaieté, d'esprit, d'amour et de délices ! mais sage !… (Il marche vivement en se frottant les mains.) Ah, Monseigneur ! mon cher Monseigneur ! vous voulez m'en donner… à garder ? Je cherchais aussi pourquoi, m'ayant nommé concierge, il m'emmène à son ambassade et m'établit courrier de dépêches. J'entends, Monsieur le Comte : trois promotions à la fois ; vous, compagnon ministre ; moi, casse-cou politique, et Suzon, dame du lieu, l'ambassadrice de poche ; et puis fouette courrier ! pendant que je galoperais d'un côté, vous feriez faire de l'autre à ma belle un joli chemin ! Me crottant, m'échinant pour la gloire de votre famille ; vous, daignant concourir à l'accroissement de la mienne ! Quelle douce réciprocité ! Mais, Monseigneur, il y a de l'abus. Faire à Londres, en même temps, les affaires de votre maître et celles de votre valet ! représenter à la fois le roi et moi, dans une cour étrangère, c'est trop de moitié, c'est trop. – Pour toi, Bazile ! fripon mon cadet ! je veux t'apprendre à clocher devant les boîteux ; je veux… non, dissimulons avec eux pour les enferrer l'un par l'autre. Attention sur la journée, monsieur Figaro ! D'abord avancer l'heure de votre petite fête, pour épouser plus sûrement ; écarter une Marceline qui de vous est friande en diable ; empocher l'or et les présents ; donner le change aux petites passions de Monsieur le Comte ; étriller rondement monsieur du Bazile et…
a capir il mistero… e a veder schietto
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tutto il vostro progetto: a Londra, è vero?…
Voi ministro, io corriero, e la Susanna…
secreta ambasciatrice.
Non sarà, non sarà. Figaro il dice.
    Se vuol ballare,
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signor Contino,
il chitarrino
le suonerò.
    Se vuol venire
ne la mia scola
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la capriola
le insegnerò.
    Saprò… ma piano…
meglio ogni arcano
dissimulando
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scoprir potrò.
    L'arte schermendo,
l'arte adoprando,
di qua pungendo,
di là scherzando,
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tutte le machine
rovescerò.
    Se vuol ballare,
signor Contino,
il chitarrino
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le suonerò.
(Parte.)
SCÈNE III
Marceline, Bartholo, Figaro.
Figaros'interrompt.
…Héééé, voilà le gros docteur, la fête sera complète. Hé bonjour, cher docteur de mon cœur. Est-ce ma noce avec Suzon qui vous attire au château ?
Bartholo, avec dédain.
Ah ! mon cher monsieur, point du tout.
Figaro
Cela serait bien généreux !
Bartholo
Certainement, et par trop sot.
Figaro
Moi qui eus le malheur de troubler la vôtre !
Bartholo
Avez-vous autre chose à nous dire ?
Figaro
On n'aura pas pris soin de votre mule !
Bartholo, en colère.
Bavard enragé ! laissez-nous.
Figaro
Vous vous fâchez, docteur ? les gens de votre état sont bien durs ! pas plus de pitié des pauvres animaux… en vérité… que si c'était des hommes ! Adieu, Marceline : avez-vous toujours envie de plaider contre moi ?
Pour n'aimer pas, faut-il qu'on se haïsse ?
Je m'en rapporte au docteur.
Bartholo
Qu'est-ce que c'est ?
Figaro
Elle vous le contera de reste. (Il sort.)
SCENA III
SCÈNE IV
Bartolo e Marcellina con un contratto in mano.
Marceline, Bartholo.
Bartholole regarde aller.
Ce drôle est toujours le même ! et à moins qu'on ne l'écorche vif, je prédis qu'il mourra dans la peau du plus fier insolent…
Marcelinele retourne.
Enfin vous voilà donc, éternel docteur ? toujours si grave et compassé qu'on pourrait mourir en attendant vos secours, comme on s'est marié jadis malgré vos précautions.
Bartholo
Toujours amère et provocante ! Eh bien, qui rend donc ma présence au château si nécessaire ? Monsieur le comte a-t-il eu quelque accident ?
Marceline
Non, docteur.
Bartholo
La Rosine, sa trompeuse comtesse, est-elle incommodée, Dieu merci ?
Marceline
Elle languit.
Bartholo
Et de quoi ?
Marceline
Son mari la néglige.
Bartholo, avec joie.
Ah, le digne époux qui me venge !
Marceline
On ne sait comment définir le Comte ; il est jaloux et libertin.
Bartholo
Libertin par ennui, jaloux par vanité ; cela va sans dire.
Marceline
Aujourd'hui, par exemple, il marie notre Suzanne à son Figaro qu'il comble en faveur de cette union…
Bartholo
Que Son Excellence a rendue nécessaire !
Marceline
Pas tout à fait ; mais dont Son Excellence voudrait égayer en secret l'événement avec l'épousée…
Bartholo
De monsieur Figaro ? C'est un marché qu'on peut conclure avec lui.
Marceline
Bazile assure que non.
Bartholo
Cet autre maraud loge ici ? C'est une caverne ! Eh, qu'y fait-il ?
Marceline
Tout le mal dont il est capable. Mais le pis que j'y trouve est cette ennuyeuse passion qu'il a pour moi depuis si longtemps.
Bartholo
Je me serais débarrassé vingt fois de sa poursuite.
Marceline
De quelle manière ?
Bartholo
En l'épousant.
Marceline
Railleur fade et cruel, que ne vous débarrassez-vous de la mienne à ce prix ? ne le devez-vous pas ? où est le souvenir de vos engagements ? qu'est devenu celui de notre petit Emmanuel, ce fruit d'un amour oublié, qui devait nous conduire à des noces ?
Bartholo, ôtant son chapeau.
Est-ce pour écouter ces sornettes que vous m'avez fait venir de Séville ? Et cet accès d'hymen qui vous reprend si vif…
Marceline
Eh bien ! n'en parlons plus. Mais si rien n'a pu vous porter à la justice de m'épouser, aidez-moi donc du moins à en épouser un autre.
Bartholo
Ah ! volontiers : parlons. Mais quel mortel abandonné du Ciel et des femmes ?…
Marceline
Eh ! qui pourrait-ce être, docteur, sinon le beau, le gai, l'aimable Figaro ?
Bartholo
Ce fripon-là ?
Marceline
Jamais fâché, toujours en belle humeur ; donnant le présent à la joie, et s'inquiétant de l'avenir tout aussi peu que du passé ; semillant, généreux ! généreux…
Bartholo
Comme un voleur.
Marceline
Comme un seigneur. Charmant enfin ; mais c'est le plus grand monstre !
Bartholo
Et sa Suzanne ?
Marceline
Elle ne l'aurait pas, la rusée, si vous vouliez m'aider, mon petit docteur, à faire valoir un engagement que j'ai de lui.
Bartolo
Bartholo
Ed aspettaste il giorno
Le jour de son mariage ?
fissato alle sue nozze
per parlarmi di questo?
Marcellina
Marceline
                       Io non mi perdo,
dottor mio, di coraggio:
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per romper de' sponsali
On en rompt de plus avancés : et si je ne craignais d'éventer un petit secret des femmes !…
più avanzati di questo
bastò spesso un pretesto, ed egli ha meco,
oltre questo contratto,
certi impegni… So io… Basta, or conviene
Bartholo
En ont-elles pour le médecin du corps ?
Marceline
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la Susanna atterrir, convien con arte
Ah ! vous savez que je n'en ai pas pour vous. Mon sexe est ardent, mais timide : un certain charme a beau nous attirer vers le plaisir, la femme la plus aventurée sent en elle une voix qui lui dit : sois belle si tu peux, sage si tu veux ; mais sois considérée, il le faut. Or, puisqu'il faut être au moins considérée, que toute femme en sent l'importance, effrayons d'abord la Suzanne sur la divulgation des offres qu'on lui fait.
Bartholo
Où cela mènera-t-il ?
Marceline
impuntigliarla a rifiutare il Conte.
Que la honte la prenant au collet, elle continuera de refuser le Comte, lequel, pour se venger, appuiera l'opposition que j'ai faite à son mariage ; alors le mien devient certain.
Egli per vendicarsi
prenderà il mio partito,
e Figaro così fia mio marito.
Bartolo
Bartholo
(Prende il contratto dalle mani di Marcellina.)
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Bene, io tutto farò: senza riserve
Elle a raison. Parbleu, c'est un bon tour que de faire épouser ma vieille gouvernante au coquin qui fit enlever ma jeune maîtresse.
tutto a me palesate. (Avrei pur gusto
di dar per moglie la mia serva antica
a chi mi fece un dì rapir l'amica.)
Marceline, vite.
Et qui croit ajouter à ses plaisirs en trompant mes espérances.
Bartholo, vite.
Et qui m'a volé dans le temps cent écus que j'ai sur le cœur.
Marceline
Ah ! quelle volupté !…
Bartholo
De punir un scélérat…
Marceline
De l'épouser, docteur, de l'épouser !
    La vendetta, oh la vendetta!
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è un piacer serbato ai saggi:
obbliar l'onte e gli oltraggi
è bassezza, è ognor viltà.
    Co l'astuzia… co l'arguzia…
col giudizio… col criterio…
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si potrebbe… Il fatto è serio…
ma, credete, si farà.
    Se tutto il codice
dovessi volgere,
se tutto l'indice
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dovessi leggere,
con un equivoco,
con un sinonimo
qualche garbuglio
si troverà.
150
    Tutta Siviglia
conosce Bartolo:
il birbo Figaro
vostro sarà.
(Parte.)
SCENA IV
SCÈNE V
Marcellina, poi Susanna con cuffia da donna, un nastro e un abito da donna.
Marceline, Bartholo, Suzanne.
Suzanne, un bonnet de femme avec un large ruban dans la main, une robe de femme sur le bras.
L'épouser ! l'épouser ! qui donc ? mon Figaro ?
Marcellina
Marceline, aigrement.
Tutto ancor non ho perso:
155
mi resta la speranza.
Ma Susanna si avanza: io vo' provarmi…
(Piano.)
Fingiam di non vederla…
(Forte.)
E quella buona perla
Pourquoi non ? Vous l'épousez bien !
la vorrebbe sposar!
Susanna
Bartholo, riant.
(Resta indietro.)
160
                   (Di me favella.)
Le bon argument de femme en colère ! Nous parlions, belle Suzon, du bonheur qu'il aura de vous posséder.
Marcellina
Marceline
Sans compter Monseigneur dont on ne parle pas.
Ma da Figaro alfine
non può meglio sperarsi: argent fait tout.
Susanna
(Che lingua! Manco male
ch'ognun sa quanto vale.)
Marcellina
165
Brava! Questo è giudizio!
Con quegli occhi modesti,
con quell'aria pietosa,
e poi…
Susanna
        (Meglio è partir.)
Marcellina
                                   Che cara sposa!
(Vanno tutte due per partire e s'incontrano alla porta.)
Suzanne, une révérence.
(Fa una riverenza.)
    Via, resti servita,
Votre servante, madame ; il y a toujours quelque chose d'amer dans vos propos.
170
madama brillante.
Susanna
Marceline, une révérence.
(Fa una riverenza.)
Non sono sì ardita,
Bien la vôtre, madame ; où donc est l'amertume ? N'est-il pas juste qu'un libéral seigneur partage un peu la joie qu'il procure à ses gens ?
madama piccante.
Suzanne
Qu'il procure ?
Marceline
Oui, madame.
Suzanne
Heureusement la jalousie de madame est aussi connue que ses droits sur Figaro sont légers.
Marceline
On eût pu les rendre plus forts, en les cimentant à la façon de madame.
Suzanne
Oh ! cette façon, madame, est celle des dames savantes.
Marceline
Et l'enfant ne l'est pas du tout ! Innocente comme un vieux juge !
Marcellina
(Fa una riverenza.)
    No, prima a lei tocca.
Susanna
(Fa una riverenza.)
No no, tocca a lei.
A due
(Fanno una riverenza.)
175
Io so i dover miei,
non fo inciviltà.
Marcellina
Bartholo, attirant Marceline.
(Come sopra.)
    La sposa novella!
Adieu, jolie fiancée de notre Figaro.
Susanna
(Come sopra.)
La dama d'onore!
Marcellina
Marceline, une révérence.
(Come sopra.)
Del Conte la bella!
L'accordée secrète de Monseigneur.
Susanna
Suzanne, une révérence.
(Come sopra.)
180
Di Spagna l'amore!
Qui vous estime beaucoup, madame.
Marceline, une révérence.
Me fera-t-elle aussi l'honneur de me chérir un peu, madame ?
Suzanne, une révérence.
À cet égard, madame n'a rien à désirer.
Marceline, une révérence.
C'est une si jolie personne que madame !
Suzanne, une révérence.
Eh ! mais assez pour désoler madame.
Marcellina
Marceline, une révérence.
Il merito!
Surtout bien respectable !
Susanna
          Il titolo!
Marcellina
Il posto!
Susanna
Suzanne, une révérence.
         L'età!
C'est aux duègnes à l'être.
Marcellina
Marceline, outrée.
    Perbacco, precipito,
Aux duègnes ! aux duègnes !
se ancor resto qua.
(Parte infuriata.)
Bartholo, l'arrêtant.
Marceline !
Marceline
Allons, docteur ; car je n'y tiendrais pas. Bonjour, madame. (Une révérence.)
Susanna
185
Sibilla decrepita,
da rider mi fa.
SCENA V
SCÈNE VI
Susanna e poi Cherubino.
Suzanne, seule.
Susanna
Va' là, vecchia pedante,
Allez, madame ! allez, pédante ! je crains aussi peu vos efforts que je méprise vos outrages. – Voyez cette vieille sibylle ! parce qu'elle a fait quelques études et tourmenté la jeunesse de madame, elle veut tout dominer au château ! (Elle jette la robe qu'elle tient sur une chaise.) Je ne sais plus ce que je venais prendre.
dottoressa arrogante,
perché hai letti due libri
190
e seccata madama in gioventù…
SCÈNE VII
Suzanne, Chérubin.
Cherubino
Chérubin, accourant.
(Esce in fretta.)
Susannetta, sei tu?
Ah, Suzon ! depuis deux heures j'épie le moment de te trouver seule. Hélas ! tu te maries, et moi je vais partir.
Susanna
Suzanne
Son io, cosa volete?
Comment mon mariage éloigne-t-il du château le premier page de Monseigneur ?
Cherubino
Chérubin, piteusement.
Ah cor mio, che accidente!
Suzanne, il me renvoie.
Susanna
Suzannele contrefait.
Cor vostro! Cosa avvenne?
Chérubin, quelque sottise !
Cherubino
Chérubin
                         Il Conte ieri,
Il m'a trouvé hier au soir chez ta cousine Fanchette, à qui je faisais répéter son petit rôle d'innocente, pour la fête de ce soir : il s'est mis dans une fureur en me voyant ! – « Sortez », m'a-t-il dit, « petit… » Je n'ose pas prononcer devant une femme le gros mot qu'il a dit : « Sortez ; et demain vous ne coucherez pas au château. » Si Madame, si ma belle marraine ne parvient pas à l'apaiser, c'est fait, Suzon, je suis à jamais privé du bonheur de te voir.
195
perché trovommi sol con Barbarina,
il congedo mi diede.
E se la Contessina,
la mia bella comare,
grazia non m'intercede, io vado via,
(Con ansietà.)
200
io non ti vedo più, Susanna mia!
Susanna
Suzanne
Non vedete più me! Bravo! Ma dunque
De me voir ! moi ? c'est mon tour ! Ce n'est donc plus pour ma maîtresse que vous soupirez en secret ?
non più per la Contessa
secretamente il vostro cor sospira?
Cherubino
Chérubin
Ah che troppo rispetto ella m'ispira!
Ah, Suzon, qu'elle est noble et belle ! mais qu'elle est imposante !
Suzanne
C'est-à-dire que je ne le suis pas, et qu'on peut oser avec moi…
Chérubin
205
Felice te, che puoi
Tu sais trop bien, méchante, que je n'ose pas oser. Mais que tu es heureuse ! à tous moments la voir, lui parler, l'habiller le matin et la déshabiller le soir, épingle à épingle… ah, Suzon ! je donnerais… Qu'est-ce que tu tiens donc là ?
vederla quando vuoi!
Che la vesti il mattino,
che la sera la spogli, che le metti…
gli spilloni, i merletti…
(Con un sospiro.)
                           Ah se in tuo loco…
210
Cos'hai lì? Dimmi un poco…
Susanna
Suzanne, raillant.
(Imitandolo.)
Ah il vago nastro e la notturna cuffia
Hélas, l'heureux bonnet et le fortuné ruban qui renferment la nuit les cheveux de cette belle marraine…
di comare sì bella.
Cherubino
Chérubin, vivement.
(Toglie il nastro di mano a Susanna.)
Deh dammelo, sorella;
Son ruban de nuit ! donne-le-moi, mon cœur.
dammelo, per pietà.
Susanna
Suzanne, le retirant.
                    Presto, quel nastro!
Eh ! que non pas. – « Son cœur ! » Comme il est familier donc ! si ce n'était pas un morveux sans conséquence… (Chérubin arrache le ruban.) Ah ! le ruban !
(Susanna vuol riprenderglielo; egli si mette a girare intorno la sedia.)
Cherubino
Chérubintourne autour du grand fauteuil.
(Bacia e ribacia il nastro.)
215
O caro, o bello, o fortunato nastro!
Tu diras qu'il est égaré, gâté ; qu'il est perdu. Tu diras tout ce que tu voudras.
Io non tel renderò che co la vita!
Susanna
Suzannetourne après lui.
(Seguita a corrergli dietro, ma poi si arresta come fosse stanca.)
Cos'è questa insolenza?
Oh ! dans trois ou quatre ans, je prédis que vous serez le plus grand petit vaurien !… Rendez-vous le ruban ? (Elle veut le reprendre.)
Cherubino
Chérubintire une romance de sa poche.
                        Eh via, sta' cheta!
Laisse, ah, laisse-le-moi, Suzon ; je te donnerai ma romance, et pendant que le souvenir de ta belle maîtresse attristera tous mes moments, le tien y versera le seul rayon de joie qui puisse encore amuser mon cœur.
In ricompensa poi
questa mia canzonetta io ti vo' dare.
Susanna
220
E che ne debbo fare?
Cherubino
Leggila alla padrona,
leggila tu medesma,
leggila a Barbarina, a Marcellina;
(Con trasporti di gioia.)
leggila ad ogni donna del palazzo!
Susanna
Suzannearrache la romance.
225
Povero Cherubin, siete voi pazzo!
Amuser votre cœur, petit scélérat ! vous croyez parler à votre Fanchette ; on vous surprend chez elle ; et vous soupirez pour Madame ; et vous m'en contez à moi, par-dessus le marché !
Cherubino
Chérubin, exalté.
    Non so più cosa son, cosa faccio,
Cela est vrai, d'honneur ! je ne sais plus ce que je suis ; mais depuis quelque temps je sens ma poitrine agitée ; mon cœur palpite au seul aspect d'une femme ; les mots amour et volupté le font tressaillir et le troublent. Enfin le besoin de dire à quelqu'un je vous aime est devenu pour moi si pressant que je le dis tout seul, en courant dans le parc, à ta maîtresse, à toi, aux arbres, aux nuages, au vent qui les emporte avec mes paroles perdues. – Hier je rencontrai Marceline…
or di foco, ora sono di ghiaccio,
ogni donna cangiar di colore,
ogni donna mi fa palpitar.
230
    Solo ai nomi d'amor, di diletto,
mi si turba, mi s'altera il petto,
e a parlare mi sforza d'amore
un desio ch'io non posso spiegar.
    Parlo d'amor vegliando,
235
parlo d'amor sognando,
a l'acque, a l'ombre, ai monti,
ai fiori, a l'erbe, ai fonti,
a l'eco, a l'aria, ai venti
che il suon de' vani accenti
240
portano via con sé.
E se non v'è chi m'oda,
parlo d'amor con me.
Suzanne, riant.
Ha, ha, ha, ha !
Chérubin
Pourquoi non ? elle est femme ! elle est fille ! une fille ! une femme ! ah que ces noms sont doux ! qu'ils sont intéressants !
Suzanne
Il devient fou !
Chérubin
Fanchette est douce ; elle m'écoute au moins ; tu ne l'es pas, toi !
Suzanne
C'est bien dommage ; écoutez donc, monsieur !
(Elle veut arracher le ruban.)
Chérubintourne en fuyant.
Ah ! ouiche ! on ne l'aura, vois-tu, qu'avec ma vie, Mais, si tu n'es pas contente du prix, j'y joindrai mille baisers.
(Il lui donne chasse à son tour.)
Suzannetourne en fuyant.
Mille soufflets si vous approchez. Je vais m'en plaindre à ma maîtresse ; et loin de supplier pour vous, je dirai moi-même à Monseigneur : C'est bien fait, Monseigneur ; chassez-nous ce petit voleur ; renvoyez à ses parents un petit mauvais sujet qui se donne les airs d'aimer Madame, et qui veut toujours m'embrasser par contrecoup.
(Va per partire e, vedendo il Conte di lontano, torna indietro impaurito e si nasconde dietro la sedia.)
SCENA VI
Cherubino, Susanna e poi il Conte.
Cherubino
Chérubinvoit le Comte entrer; il se jette derrière le fauteuil avec effroi.
Ah son perduto!
Je suis perdu.
Susanna
Suzanne
(Cerca mascherar Cherubino.)
               Che timor!… Il Conte!
Quelle frayeur ?
SCÈNE VIII
Suzanne, le Comte, Chérubin caché.
Suzanneaperçoit le Comte.
Misera me!
Ah !… (Elle s'approche du fauteuil pour masquer Chérubin.)
Il Conte
Le Comtes'avance.
          Susanna, tu mi sembri
Tu es émue, Suzon ! tu parlais seule, et ton petit cœur paraît dans une agitation… bien pardonnable, au reste, un jour comme celui-ci.
245
agitata e confusa.
Susanna
Suzanne, troublée.
Signor… vi chiedo scusa…
Monseigneur, que me voulez-vous ? Si l'on vous trouvait avec moi…
ma… se mai… qui sorpresa…
Per carità! Partite.
Il Conte
Le Comte
Un momento e ti lascio.
Je serais désolé qu'on m'y surprît ; mais tu sais tout l'intérêt que je prends à toi. Bazile ne t'a pas laissé ignorer mon amour. Je n'ai rien qu'un instant pour t'expliquer mes vues ; écoute. (Il s'assied dans le fauteuil.)
250
Odi.
(Si mette a sedere sulla sedia e prende Susanna per la mano, ella si distacca con forza.)
Susanna
Suzanne, vivement.
    Non odo nulla.
Je n'écoute rien.
Il Conte
Le Comtelui prend la main.
Due parole. Tu sai
Un seul mot. Tu sais que le roi m'a nommé son ambassadeur à Londres. J'emmène avec moi Figaro ; je lui donne un excellent poste ; et comme le devoir d'une femme est de suivre son mari…
che ambasciatore a Londra
il re mi dichiarò; di condur meco
Figaro destinai…
Susanna
Suzanne
(Timida.)
                  Signor, se osassi…
Ah ! si j'osais parler !
Il Conte
Le Comtela rapproche de lui.
(Sorge.)
255
Parla, parla, mia cara,
Parle, parle, ma chère ; use aujourd'hui d'un droit que tu prends sur moi pour la vie.
(Con tenerezza e tentando di riprenderle la mano.)
                       e, con quel dritto
ch'oggi prendi su me fin che tu vivi,
chiedi, imponi, prescrivi.
Susanna
Suzanne, effrayée.
(Con smania.)
Lasciatemi, signor; dritti non prendo,
Je n'en veux point, Monseigneur, je n'en veux point. Quittez-moi, je vous prie.
non ne vo', non ne intendo… Oh me infelice!
Le Comte
Mais dis auparavant.
Suzanne, en colère.
Je ne sais plus ce que je disais.
Le Comte
Sur le devoir des femmes.
Suzanne
Eh bien ! lorsque Monseigneur enleva la sienne de chez le docteur, et qu'il l'épousa par amour, lorsqu'il abolit pour elle un certain affreux droit du seigneur…
Il Conte
Le Comte, gaiement.
260
Ah no, Susanna, io ti vo' far felice!
Qui faisait bien de la peine aux filles ! Ah Suzette ! ce droit charmant ! si tu venais en jaser sur la brune au jardin, je mettrais un tel prix à cette légère faveur…
(Come sopra.)
Tu ben sai quanto io t'amo: a te Basilio
tutto già disse; or senti,
se per pochi momenti
meco in giardin sull'imbrunir del giorno…
265
Ah per questo favore io pagherei…
Basilio
Bazileparle en dehors.
(Dentro le quinte.)
È uscito poco fa.
Il n'est pas chez lui, Monseigneur.
Il Conte
Le Comtese lève.
                  Chi parla?
Quelle est cette voix ?
Susanna
Suzanne
                                              Oh dèi!
Que je suis malheureuse !
Il Conte
Le Comte
Esci, e alcuno non entri.
Sors, pour qu'on n'entre pas.
Susanna
Suzanne, troublée.
(Inquietissima.)
Ch'io vi lasci qui solo?
Que je vous laisse ici ?
Basilio
Bazilecrie en dehors.
(Come sopra.)
Da madama ei sarà, vado a cercarlo.
Monseigneur était chez Madame, il en est sorti : je vais voir.
Il Conte
Le Comte
(Addita la sedia.)
270
Qui dietro mi porrò.
Et pas un lieu pour se cacher ! ah ! derrière ce fauteuil… assez mal ; mais renvoie-le bien vite.
Susanna
                     Non vi celate.
Il Conte
Taci, e cerca che ei parta.
(Il Conte vuol nascondersi dietro il sedile, Susanna si frappone tra il paggio e lui, il Conte la spinge dolcemente. Ella rincula, intanto il paggio passa al davanti del sedile, si mette dentro in piedi, Susanna il ricopre colla vestaglia.)
(Suzanne lui barre le chemin; il la pousse doucement, elle recule, et se met ainsi entre lui et le petit page; mais pendant que le Comte s'abaisse et prend sa place, Chérubin tourne et se jette effrayé sur le fauteuil à genoux, et s'y blottit. Suzanne prend la robe qu'elle apportait, en couvre le page et se met devant le fauteuil.)
Susanna
                           Ohimè! Che fate?
SCENA VII
SCÈNE IX
I sudetti e Basilio.
Le Comte et Chérubin cachés, Suzanne, Bazile.
Basilio
Bazile
Susanna, il ciel vi salvi: avreste a caso
N'auriez-vous pas vu Monseigneur, mademoiselle ?
veduto il Conte?
Susanna
Suzanne, brusquement.
                E cosa
Eh ! pourquoi l'aurais-je vu ? Laissez-moi.
deve far meco il Conte? Animo, uscite.
Basilio
Baziles'approche.
275
Aspettate, sentite,
Si vous étiez plus raisonnable, il n'y aurait rien d'étonnant à ma question. C'est Figaro qui le cherche.
Figaro di lui cerca.
Susanna
Suzanne
                    (Oh stelle!) Ei cerca
Il cherche donc l'homme qui lui veut le plus de mal après vous !
chi dopo voi più l'odia.
Il Conte
Le Comte, à part.
(Veggiam come mi serve.)
Voyons un peu comme il me sert.
Basilio
Bazile
Io non ho mai ne la moral sentito
280
ch'uno ch'ama la moglie odi il marito.
Désirer du bien à une femme, est-ce vouloir du mal à son mari ?
Per dir che il Conte v'ama…
Susanna
Suzanne
Sortite, vil ministro
Non, dans vos affreux principes, agent de corruption.
de l'altrui sfrenatezza:
(Con risentimento.)
                        io non ho d'uopo
de la vostra morale,
285
del Conte, del suo amor…
Basilio
Bazile
                          Non c'è alcun male.
Que vous demande-t-on ici que vous n'alliez prodiguer à un autre ? Grâce à la douce cérémonie, ce qu'on vous défendait hier, on vous le prescrira demain.
Suzanne
Indigne !
Bazile
De toutes les choses sérieuses le mariage étant la plus bouffonne, j'avais pensé…
Suzanne, outrée.
Des horreurs ! Qui vous permet d'entrer ici ?
Bazile
Ha ciascun i suoi gusti: io mi credea
Là, là, mauvaise ! Dieu vous apaise ! il n'en sera que ce que vous voulez ; mais ne croyez pas non plus que je regarde monsieur Figaro comme l'obstacle qui nuit à Monseigneur ; et sans le petit page…
che preferir doveste per amante,
come fan tutte quante,
un signor liberal, prudente e saggio
290
a un giovinastro, a un paggio…
Susanna
Suzanne, timidement.
(Con ansietà.)
                                A Cherubino!
Don Chérubin ?
Basilio
Bazilela contrefait.
A Cherubino! Al Cherubin d'amore
Cherubino di amore, qui tourne autour de vous sans cesse, et qui ce matin encore, rôdait ici pour y entrer quand je vous ai quittée ; dites que cela n'est pas vrai ?
ch'oggi sul far del giorno
passeggiava qui intorno,
per entrar…
Susanna
Suzanne
(Con forza.)
             Uom maligno,
Quelle imposture ! Allez-vous-en, méchant homme !
295
un'impostura è questa.
Basilio
Bazile
È un maligno con voi chi ha gli occhi in testa.
On est un méchant homme parce qu'on y voit clair. N'est-ce pas pour vous aussi cette romance dont il fait mystère ?
E quella canzonetta?
Ditemi in confidenza, io sono amico
ed altrui nulla dico:
300
è per voi, per madama…
Susanna
Suzanne, en colère.
(Mostra dello smarrimento.)
(Chi diavol gliel'ha detto?)
Ah ! oui, pour moi !…
Basilio
Bazile
A proposito, figlia,
À moins qu'il ne l'ait composée pour Madame ! en effet, quand il sert à table on dit qu'il la regarde avec des yeux !… mais, peste, qu'il ne s'y joue pas ! Monseigneur est brutal sur l'article.
istruitelo meglio: egli la guarda
a tavola sì spesso
305
e con tale immodestia,
che se il Conte s'accorge… Ehi, su tal punto,
sapete, egli è una bestia.
Susanna
Suzanne, outrée.
                           Scellerato!
Et vous bien scélérat, d'aller semant de pareils bruits pour perdre un malheureux enfant tombé dans la disgrâce de son maître.
E perché andate voi
tai menzogne spargendo?
Basilio
Bazile
310
Io! Che ingiustizia! Quel che compro io vendo.
L'ai-je inventé ? Je le dis parce que tout le monde en parle.
A quel che tutti dicono
io non ci aggiungo un pelo.
Il Conte
Le Comtese lève.
(Sorte dal loco etc.)
Come! Che dicon tutti?
Comment, tout le monde en parle !
(Chérubin dans le fauteuil, le Comte, Suzanne, Basile.)
Basilio
Suzanne
                      Oh bella!
Ah Ciel !
Susanna
Bazile
                                                     Oh cielo!
Ha, ha !
Il Conte
Le Comte
(A Basilio.)
    Cosa sento! Tosto andate
Courez, Bazile, et qu'on le chasse.
315
e scacciate il seduttor.
Basilio
Bazile
In mal punto son qui giunto,
Ah, que je suis fâché d'être entré !
perdonate, o mio signor.
Susanna
Suzanne, troublée.
    Che ruina, me meschina,
Mon Dieu ! Mon Dieu !
(Quasi svenuta.)
son oppressa dal terror.
Il Conte, Basilio
Le Comte, à Bazile.
(Sostengono Susanna.)
320
Ah già svien la poverina!
Elle est saisie. Asseyons-la dans ce fauteuil.
Come, oddio, le batte il cor!
Basilio
(Approssimandosi al sedile in atto di farla sedere.)
    Pian pianin su questo seggio.
Susanna
Suzannele repousse vivement.
(Rinviene.)
Dove sono!
          Cosa veggio!
(Si stacca da tutti due.)
Che insolenza, andate fuor.
Je ne veux pas m'asseoir. Entrer ainsi librement, c'est indigne !
Il Conte
Le Comte
325
    Siamo qui per aiutarti,
Nous sommes deux avec toi, ma chère. Il n'y a plus le moindre danger.
non turbarti, o mio tesor.
Basilio
(Con malignità.)
Siamo qui per aiutarvi,
è sicuro il vostro onor.
Basilio
Bazile
(Al Conte.)
    Ah del paggio quel che ho detto
Moi je suis désolé de m'être égayé sur le page puisque vous l'entendiez. Je n'en usais ainsi que pour pénétrer ses sentiments, car au fond…
330
era solo un mio sospetto.
Susanna
È un'insidia, una perfidia,
non credete a l'impostor.
Il Conte
Le Comte
    Parta, parta il damerino!
Cinquante pistoles, un cheval, et qu'on le renvoie à ses parents.
Basilio, Susanna
Bazile
Poverino!
Monseigneur, pour un badinage ?
Il Conte
Le Comte
(Ironicamente.)
         Poverino!
Un petit libertin que j'ai surpris encore hier avec la fille du jardinier.
335
Ma da me sorpreso ancor.
Bazile
Avec Fanchette ?
Le Comte
Et dans sa chambre.
Suzanne, outrée.
Où Monseigneur avait sans doute affaire aussi !
Le Comte, gaiement.
J'en aime assez la remarque.
Bazile
Elle est d'un bon augure.
Susanna
    Come!
Basilio
         Che!
Il Conte
Le Comte, gaiement.
                      Da tua cugina
Mais non ! j'allais chercher ton oncle Antonio, mon ivrogne de jardinier, pour lui donner des ordres. Je frappe, on est longtemps à m'ouvrir ; ta cousine a l'air empêtré ; je prends un soupçon, je lui parle, et tout en causant j'examine. Il y avait derrière la porte une espèce de rideau, de portemanteau, de je ne sais pas quoi, qui couvrait des hardes ; sans faire semblant de rien je vais doucement, doucement lever ce rideau, (Pour imiter le geste il lève la robe du fauteuil.) et je vois… (Il aperçoit le page.) Ah !…
l'uscio ier trovai rinchiuso;
picchio, m'apre Barbarina
paurosa fuor de l'uso.
340
    Io, dal muso insospettito,
guardo, cerco in ogni sito,
ed alzando pian pianino
il tappeto al tavolino
vedo il paggio…
(Imita il gesto colla vestaglia e scopre il paggio.)
Il Conte
(Con sorpresa.)

     Ah! Cosa veggio!
Susanna
(Con timore.)
345

     Ah! Crude stelle!
(Suzanne, Chérubin dans le fauteuil, le Comte, Bazile.)
Basilio
Bazile
(Con riso.)

     Ah! Meglio ancora!
Ha ! ha !
Il Conte
Le Comte
    Onestissima signora!
Ce tour-ci vaut l'autre.
Or capisco come va.
Susanna
Accader non può di peggio;
giusti dèi! che mai sarà!
Basilio
Bazile
350
Così fan tutte le belle!
Encore mieux.
Non c'è alcuna novità.
Il Conte
Le Comte, à Suzanne.
Basilio, in traccia subito
À merveille, mademoiselle : à peine fiancée vous faites de ces apprêts ? C'était pour recevoir mon page que vous désiriez d'être seule ? Et vous, monsieur, qui ne changez point de conduite, il vous manquait de vous adresser, sans respect pour votre marraine, à sa première camariste, à la femme de votre ami ! mais je ne souffrirai pas que Figaro, qu'un homme que j'estime et que j'aime soit victime d'une pareille tromperie : était-il avec vous, Bazile ?
di Figaro volate:
(Addita Cherubino che non si muove di loco.)
io vo' ch'ei veda…
Susanna
(Con vivezza.)
                    …ed io che senta: andate.
Il Conte
355
Restate: che baldanza! E quale scusa,
se la colpa è evidente?
Susanna
Suzanne, outrée.
Non ha d'uopo di scusa un'innocente.
Il n'y a tromperie ni victime ; il était là lorsque vous me parliez.
Il Conte
Le Comte, emporté.
Ma costui quando venne?
Puisses-tu mentir en le disant ! son plus cruel ennemi n'oserait lui souhaiter ce malheur.
Susanna
Suzanne
                       Egli era meco
Il me priait d'engager Madame à vous demander sa grâce. Votre arrivée l'a si fort troublé qu'il s'est masqué de ce fauteuil.
quando voi qui giungeste, e mi chiedea
360
d'impegnar la padrona
a intercedergli grazia: il vostro arrivo
in scompiglio lo pose
ed allor in quel loco ei si nascose.
Il Conte
Le Comte, en colère.
Ma s'io stesso m'assisi
Ruse d'enfer ! je m'y suis assis en entrant.
365
quando in camera entrai!
Cherubino
Chérubin
(Timidamente.)
Ed allora di dietro io mi celai.
Hélas, Monseigneur, j'étais tremblant derrière.
Il Conte
Le Comte
E quand'io là mi posi?
Autre fourberie ! je viens de m'y placer moi-même.
Cherubino
Chérubin
Allor piano io mi volsi e qui m'ascosi.
Pardon, mais c'est alors que je me suis blotti dedans.
Il Conte
Le Comte, plus outré.
(A Susanna.)
Oh ciel! Dunque ha sentito
C'est donc une couleuvre que ce petit… serpent-là ! il nous écoutait !
370
quello ch'io ti dicea!
Cherubino
Chérubin
Feci per non sentir quanto potea.
Au contraire, Monseigneur, j'ai fait ce que j'ai pu pour ne rien entendre.
Il Conte
Le Comte
Oh perfidia!
Ô perfidie ! (À Suzanne.) Tu n'épouseras pas Figaro.
Basilio
Bazile
            Frenatevi: vien gente.
Contenez-vous, on vient.
Il Conte
Le Comte, tirant Chérubin du fauteuil et le mettant sur ses pieds.
(Lo tira giù del sedile.)
E voi restate qui, picciol serpente!
Il resterait là devant toute la terre !
SCENA VIII
SCÈNE X
Figaro con bianca veste in mano. Coro di contadine e di contadini vestiti di bianco che spargono fiori, raccolti in piccioli panieri, davanti ilConte e cantano il seguente coro.
Chérubin, Suzanne, Figaro, la Comtesse, Le Comte, Fanchette, Bazile; beaucoup de valets, paysannes, paysans vêtus en habits de fête.
Coro
    Giovani liete,
375
fiori spargete
davanti il nobile
nostro signor.
    Il suo gran core
vi serba intatto
380
d'un più bel fiore
l'almo candor.
Figaro, tenant une toque de femme garnie de plumes blanches et de rubans blancs, parle à la Comtesse.
Il n'y a que vous, madame, qui puissiez nous obtenir cette faveur.
La Comtesse
Vous les voyez, Monsieur le Comte, ils me supposent un crédit que je n'ai point : mais comme leur demande n'est pas déraisonnable…
Le Comte, embarrassé.
Il faudrait qu'elle le fût beaucoup…
Il Conte
(A Figaro con sorpresa.)
Cos'è questa comedia?
Figaro
Figaro, bas, à Suzanne.
(A Susanna piano.)
                      (Eccoci in danza:
secondami, cor mio.)
Soutiens bien mes efforts.
Susanna
Suzanne, bas, à Figaro.
                    (Non ci ho speranza.)
Qui ne mèneront à rien.
Figaro, bas.
Va toujours.
Le Comte, à Figaro.
Que voulez-vous ?
Figaro
Figaro
Signor, non isdegnate
Monseigneur, vos vassaux, touchés de l'abolition d'un certain droit fâcheux, que votre amour pour Madame…
385
questo del nostro affetto
meritato tributo: or che aboliste
un diritto sì ingrato a chi ben ama…
Il Conte
Le Comte
Quel dritto or non v'è più; cosa si brama?
Eh bien, ce droit n'existe plus ; que veux-tu dire ?
Figaro
Figaro, malignement.
De la vostra saggezza il primo frutto
Qu'il est bien temps que la vertu d'un si bon maître éclate ; elle m'est d'un tel avantage aujourd'hui, que je désire être le premier à la célébrer à mes noces.
390
oggi noi coglierem: le nostre nozze
si son già stabilite; or a voi tocca
costei, che un vostro dono
illibata serbò, coprir di questa,
simbolo d'onestà, candida vesta.
Il Conte
Le Comte, plus embarrassé.
395
(Diabolica astuzia!
Tu te moques, ami ! l'abolition d'un droit honteux n'est que l'acquit d'une dette envers l'honnêteté. Un Espagnol peut vouloir conquérir la beauté par des soins ; mais en exiger le premier, le plus doux emploi, comme une servile redevance, ah ! c'est la tyrannie d'un Vandale, et non le droit avoué d'un noble Castillan.
Ma fingere convien.) Son grato, amici,
ad un senso sì onesto,
ma non merto per questo
né tributi né lodi, e un dritto ingiusto
400
ne' miei feudi abolendo,
a natura, al dover lor dritti io rendo.
Figaro, tenant Suzanne par la main.
Permettez donc que cette jeune créature, de qui votre sagesse a préservé l'honneur, reçoive de votre main publiquement la toque virginale, ornée de plumes et de rubans blancs, symbole de la pureté de vos intentions ; – adoptez-en la cérémonie pour tous les mariages, et qu'un quatrain chanté en chœur rappelle à jamais le souvenir…
Le Comte, embarrassé.
Si je ne savais pas qu'amoureux, poète et musicien sont trois titres d'indulgence pour toutes les folies…
Figaro
Joignez-vous à moi, mes amis !
Tous ensemble
Monseigneur ! Monseigneur !
Suzanne, au Comte.
Pourquoi fuir un éloge que vous méritez si bien ?
Le Comte, à part.
La perfide !
Figaro
Regardez-la donc, Monseigneur ; jamais plus jolie fiancée ne montrera la grandeur de votre sacrifice.
Suzanne
Laissen là ma figure, et ne vantons que sa vertu.
Le Comte, à part.
C'est un jeu que tout ceci.
La Comtesse
Je me joins à eux, Monsieur le Comte ; et cette cérémonie me sera toujours chère, puisqu'elle doit son motif à l'amour charmant que vous aviez pour moi.
Le Comte
Que j'ai toujours, madame ; et c'est à ce titre que je me rends.
Tutti
Tous ensemble
Evviva, evviva, evviva!
Vivat !
Susanna
(Malignamente.)
Che virtù!
Figaro
           Che giustizia!
Il Conte
Le Comte, à part.
(A Figaro e Susanna.)
                                    A voi prometto
Je suis pris. (Haut.) Pour que la cérémonie eût un peu plus d'éclat, je voudrais seulement qu'on la remît à tantôt. (À part.) Faisons vite chercher Marceline.
compier la cerimonia.
405
Chiedo sol breve indugio: io voglio in faccia
de' miei più fidi e con più ricca pompa
rendervi appien felici.
(Marcellina si trovi.) Andate, amici.
(I contadini ripetono il coro, spargono il resto de' fiori e partono.)
Figaro
Evviva!
Susanna
       Evviva!
Basilio
                     Evviva!
Figaro
Figaro, à Chérubin.
(A Cherubino.)
410
E voi non applaudite?
Eh bien, espiègle ! vous n'applaudissez pas ?
Susanna
Suzanne
È afflitto, poveretto,
Il est au désespoir ; Monseigneur le renvoie.
perché il padron lo scaccia dal castello.
Figaro
Ah in un giorno sì bello!
Susanna
In un giorno di nozze!
Figaro
415
Quando ognuno v'ammira!
Cherubino
La Comtesse
(S'inginocchia.)
Perdono, mio signor…
Ah ! monsieur, je vous demande sa grâce.
Il Conte
Le Comte
                      Nol meritate.
Il ne la mérite point.
Susanna
La Comtesse
Egli è ancora fanciullo!
Hélas ! il est si jeune !
Il Conte
Le Comte
Men di quel che tu credi.
Pas tant que vous le croyez.
Chérubin, tremblant.
Pardonner généreusement n'est pas le droit du seigneur auquel vous avez renoncé en épousant Madame.
La Comtesse
Il n'a renoncé qu'à celui qui vous affligeait tous.
Suzanne
Si Monseigneur avait cédé le droit de pardonner, ce serait sûrement le premier qu'il voudrait racheter en secret.
Le Comte, embarrassé.
Sans doute.
La Comtesse
Eh, pourquoi le racheter ?
Cherubino
Chérubin, au Comte.
È ver, mancai; ma dal mio labbro alfine…
Je fus léger dans ma conduite, il est vrai, Monseigneur ; mais jamais la moindre indiscrétion dans mes paroles…
Il Conte
Le Comte, embarrassé.
(Lo alza.)
420
Ben ben, io vi perdono.
Eh bien, c'est assez…
Figaro
Qu'entend-il ?
Le Comte, vivement.
Anzi farò di più: vacante è un posto
C'est assez, c'est assez, tout le monde exige son pardon, je l'accorde, et j'irai plus loin : je lui donne une compagnie dans ma légion.
d'uffizial nel reggimento mio;
Tous ensemble
Vivat !
Le Comte
io scelgo voi, partite tosto: addio.
Mais c'est à condition qu'il partira sur-le-champ pour joindre en Catalogne.
(Il Conte vuol partire, Susanna e Figaro l'arrestano.)
Susanna, Figaro
Figaro
Ah fin domani sol…
Ah ! Monseigneur, demain.
Il Conte
Le Comteinsiste.
                    No, parta tosto.
Je le veux.
Cherubino
Chérubin
(Con passione e sospirando.)
425
A ubbidirvi, signor, son già disposto.
J'obéis.
Le Comte
Saluez votre marraine, et demandez sa protection.
(Chérubin met un genou en terre devant la Comtesse, et ne peut parler.)
La Comtesse, émue.
Puisqu'on ne peut vous garder seulement aujourd'hui, partez, jeune homme. Un nouvel état vous appelle ; allez le remplir dignement. Honorez votre bienfaiteur. Souvenez-vous de cette maison, où votre jeunesse a trouvé tant d'indulgence. Soyez soumis, honnête et brave ; nous prendrons part à vos succès. (Chérubin se relève et retourne à sa place.)
Le Comte
Vous êtes bien émue, madame !
La Comtesse
Je ne m'en défends pas. Qui sait le sort d'un enfant jeté dans une carrière aussi dangereuse ? Il est allié de mes parents ; et de plus, il est mon filleul.
Il Conte
Le Comte, à part.
Via, per l'ultima volta
Je vois que Bazile avait raison. (Haut.) Jeune homme, embrassez Suzanne… pour la dernière fois.
la Susanna abbracciate.
(Cherubino abbraccia la Susanna che rimane confusa.)
(Inaspettato è il colpo.)
Figaro
Figaro
                          Ehi capitano,
Pourquoi cela, Monseigneur ? Il viendra passer ses hivers. Baise-moi donc aussi, capitaine ! (Il l'embrasse.) Adieu, mon petit Chérubin. Tu vas mener un train de vie bien différent, mon enfant : dame ! tu ne rôderas plus tout le jour au quartier des femmes : plus d'échaudés, de goûtérs à la crème ; plus de main chaude ou de colin-maillard. De bons soldats, morbleu ! bazanés, mal vêtus ; un grand fusil bien lourd ; tourne à droite, tourne à gauche, en avant, marche à la gloire ; et ne vas pas broncher en chemin ; à moins qu'un bon coup de feu…
a me pure la mano…
(Piano a Cherubino.)
                    (Io vo' parlarti
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pria che tu parta.)
(Con finta gioia.)
                   Addio,
picciolo Cherubino:
come cangia in un punto il tuo destino!
    Non più andrai, farfallone amoroso,
notte e giorno d'intorno girando,
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de le belle turbando il riposo,
narcisetto, adoncino d'amor.
    Non più avrai questi bei pennacchini,
quel cappello leggero e galante,
quella chioma, quell'aria brillante,
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quel vermiglio, donnesco color.
    Tra guerrieri, poffarbacco!
Gran mustacchi, stretto sacco,
schioppo in spalla, sciabla al fianco,
collo dritto, muso franco,
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un gran casco o un gran turbante,
molto onor, poco contante,
ed invece del fandango
una marcia per il fango,
per montagne, per valloni
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con le nevi e i sollioni
al concerto di tromboni,
di bombarde, di cannoni
che le palle in tutti i tuoni
a l'orecchio fan fischiar.
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    Cherubino, alla vittoria,
alla gloria militar!
Suzanne
Fi donc, l'horreur !
La Comtesse
Quel pronostic !
Le Comte
Où donc est Marceline ? Il est bien singulier qu'elle ne soit pas des vôtres !
Fanchette
Monseigneur, elle a pris le chemin du bourg, par le petit sentier de la ferme.
Le Comte
Et elle en reviendra ?
Bazile
Quand il plaira à Dieu.
Figaro
S'il lui plaisait qu'il ne lui plût jamais…
Fanchette
Monsieur le docteur lui donnait le bras.
Le Comte, vivement.
Le docteur est ici ?
Bazile
Elle s'en est d'abord emparée…
Le Comte, à part.
Il ne pouvait venir plus à propos.
Fanchette
Elle avait l'air bien échauffé, elle parlait tout haut en marchant, puis elle s'arrêtait, et faisait comme ça, de grand bras…et monsieur le docteur lui faisait comme ça de la main, en l'apaisant : elle paraissait si courroucée ! elle nommait mon cousin Figaro.
Le Comtelui prend le menton.
Cousin… futur.
Fanchette, montrant Chérubin.
Monseigneur, nous avez-vous pardonné d'hier ?…
Le Comteinterrompt.
Bonjour, bonjour, petite.
Figaro
C'est son chien d'amour qui la berce ; elle aurait troublé notre fête.
Le Comte, à part.
Elle la troublera, je t'en réponds. (Haut.) Allons, madame, entrons. Bazile, vous passerez chez moi.
Suzanne, à Figaro.
Tu me rejoindras, mon fils ?
Figaro, bas, à Suzanne.
Est-il bien enfilé ?
Suzanne, bas.
Charmant garçon !
(Ils sortent tous.)
SCÈNE XI
Chérubin, Figaro, Bazile.
(Pendant qu'on sort, Figaro les arrête tous deux et les ramène.)
Figaro
Ah çà, vous autres ! la cérémonie adoptée, ma fête de ce soir en est la suite ; il faut bravement nous recorder : ne faisons point comme ces acteurs qui ne jouent jamais si mal que le jour où la critique est le plus éveillée. Nous n'avons point de lendemain qui nous excuse, nous. Sachons bien nos rôles aujourd'hui.
Bazile, malignement.
Le mien est plus difficile que tu ne crois.
Figaro, faisant, sans qu'il le voie, le geste de le rosser.
Tu es loin aussi de savoir tout le succès qu'il te vaudra.
Chérubin
Mon ami, tu oublies que je pars.
Figaro
Et toi, tu voudrais bien rester !
Chérubin
Ah ! si je le voudrais !
Figaro
Il faut ruser. Point de murmure à ton départ. Le manteau de voyage à l'épaule ; arrange ouvertement ta trousse, et qu'on voie ton cheval à la grille ; un temps de galop jusqu'à la ferme ; reviens à pied par les derrières ; Monseigneur te croira parti : tiens-toi seulement hors de sa vue ; je me charge de l'apaiser après la fête.
Chérubin
Mais Fanchette qui ne sait pas son rôle !
Bazile
Que diable lui apprenez-vous donc, depuis huit jours que vous ne la quittez pas ?
Figaro
Tu n'as rien à faire aujourd'hui, donne-lui par grâce une leçon.
Bazile
Prenez garde, jeune homme, prenez garde ! le père n'est pas satisfait ; la fille a été souffletée ; elle n'étudie pas avec vous : Chérubin ! Chérubin ! vous lui causerez des chagrins ! « Tant va la cruche à l'eau… »
Figaro
Ah ! voilà notre imbécile, avec ses vieux proverbes ! Eh bien ! pédant ! que dit la sagesse des nations ? « Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin… »
Bazile
Elle s'emplit.
Figaro, en s'en allant.
Pas si bête, pourtant, pas si bête…
(Partono tutti al suono di una marcia.)
Fine dell'atto primo.
Fin du premier acte.