Kritische Edition des Libretto-Erstdrucks Wien 1786 (Libretto)   Kritische Edition des deutschen Libretto-Drucks Wien 1786 (Deutsches Libretto)   Kritische Edition der Vorlage von Beaumarchais, Kehl 1785 (Vorlage)  
SCENA XII
Zwölfter Auftritt
Il Conte, Susanna, Figaro, la Contessa.
Der Graf, Susanna, Figaro, die Gräfin.
Il Conte
Der Graf
Le Comte, à la Comtesse qu'il prend pour Suzanne.
(Alla Contessa.)
(zu der Gräfin)
1705
    Partito è alfin l'audace.
Endlich ist er fort, der Bösewicht. Komm herbei, mein Schatz.
Entend-on quelque chose à ce page ! il reçoit le plus rude soufflet et s'enfuit en éclatant de rire.
Figaro, à part.
S'il s'affligeait de celui-ci !…
Le Comte
Accostati, ben mio.
Comment ! je ne pourrai faire un pas… (À la Comtesse.) Mais laissons cette bizarrerie ; elle empoisonnerait le plaisir que j'ai de te trouver dans cette salle.
La Contessa
Die Gräfin
La Comtesse, imitant le parler de Suzanne.
Giacché così vi piace,
Weil es Ihnen so gefällig ist, hier bin ich.
L'espériez-vous ?
eccomi qui, signor.
Figaro
Figaro
Che compiacente femina!
Welch ein nachgiebiges Frauenzimmer! Welch eine gutherzige Braut!
1710
Che sposa di bon cor!
Il Conte
Der Graf
Le Comte
    Porgimi la manina.
Reiche mir deine Hand.
Après ton ingénieux billet… (Il lui prend la main.) Tu trembles ?
La Contessa
Die Gräfin
La Comtesse
Io ve la do.
Hier ist sie.
J'ai eu peur.
Le Comte
Ce n'est pas pour te priver du baiser que je l'ai pris.
(Il la baise au front.)
La Comtesse
Des libertés !
Figaro, à part.
Coquine !
Il Conte, Figaro
Der Graf, Figaro
Suzanne, à part.
Carina!
Liebenswürdige!
Charmante !
Il Conte
Der Graf
Le Comteprend la main de sa femme.
Che dita tenerelle!
O wie zart sind diese Finger! wie fein diese Fellhaut! Ich fühle einen Trieb, so die Liebesflammen in mir rege macht!
Mais quelle peau fine et douce, et qu'il s'en faut que la Comtesse ait la main aussi belle !
Che delicata pelle!
1715
Mi pizzica, mi stuzzica,
m'empie di un nuovo ardor.
Susanna, la Contessa, Figaro
Susanna, die Gräfin, Figaro
La Comtesse, à part.
    La cieca prevenzione
Das blinde Vorurteil spottet der Vernunft, täuschet die Sinne!
Oh ! la prévention !
delude la ragione,
inganna i sensi ognor.
Le Comte
A-t-elle ce bras ferme et rondelet ? ces jolis doigts pleins de grâce et d'espièglerie ?
La Comtesse, de la voix de Suzanne.
Ainsi l'amour ?…
Le Comte
L'amour… n'est que le roman du cœur : c'est le plaisir qui en est l'histoire ; il m'amène à tes genoux.
La Comtesse
Vous ne l'aimez plus ?
Le Comte
Je l'aime beaucoup ; mais trois ans d'union, rendent l'hymen si respectable !
La Comtesse
Que vouliez-vous en elle ?
Le Comte, la caressant.
Ce que je trouve en toi, ma beauté…
La Comtesse
Mais dites donc.
Le Comte
…Je ne sais : moins d'uniformité peut-être, plus de piquant dans les manières ; un je ne sais quoi qui fait le charme ; quelquefois un refus, que sais-je ? Nos femmes croient tout accomplir en nous aimant : cela dit une fois, elles nous aiment, nous aiment ! (quand elles nous aiment), et sont si complaisantes et si constamment obligeantes, et toujours, et sans relâche, qu'on est tout surpris un beau soir de trouver la satiété où l'on recherchait le bonheur !
La Comtesse, à part.
Ah ! quelle leçon !
Le Comte
En vérité, Suzon, j'ai pensé mille fois que si nous poursuivons ailleurs ce plaisir qui nous fuit chez elles, c'est qu'elles n'étudient pas assez l'art de soutenir notre goût, de se renouveler à l'amour, de ranimer, pour ainsi dire, le charme de leur possession par celui de la variété.
La Comtesse, piquée.
Donc elles doivent tout ?…
Le Comte, riant.
Et l'homme rien ? Changerons-nous la marche de la nature ? notre tâche, à nous, fut de les obtenir : la leur…
La Comtesse
La leur… ?
Le Comte
Est de nous retenir : on l'oublie trop.
La Comtesse
Ce ne sera pas moi.
Le Comte
Ni moi.
Figaro, à part.
Ni moi.
Suzanne, à part.
Ni moi.
Il Conte
Der Graf
Le Comteprend la main de sa femme.
(Le dà un anello.)
(gibt ihr einen Ring)
1720
    Oltre la dote, o cara,
Nebst dem Heuratgute nimm, o Schöne, diesen Ring, so dir ein Liebhaber zum Zeugen seiner Liebe gibt.
Il y a de l'écho ici ; parlons plus bas. Tu n'as nul besoin d'y songer, toi que l'amour a faite et si vive et si jolie ! avec un grain de caprice tu seras la plus agaçante maîtresse ! (Il la baise au front.) Ma Suzanne, un Castillan n'a que sa parole. Voici tout l'or promis pour le rachat du droit que je n'ai plus sur le délicieux moment que tu m'accordes. Mais comme la grâce que tu daignes y mettre est sans prix, j'y joindrai ce brillant, que tu porteras pour l'amour de moi.
ricevi anco un brillante
che a te porge un amante
in pegno del suo amor.
La Contessa
Die Gräfin
La Comtesse, une révérence.
    Tutto Susanna piglia
Susanna nimmt von ihrem Guttäter alles an.
Suzanne accepte tout.
1725
dal suo benefattor.
Figaro, il Conte, Susanna
Die Gräfin, Figaro, Susanna
Figaro, à part.
Va tutto a maraviglia!
Es gehet alles nach Wünschen! Doch es muss noch etwas Besseres folgen.
On n'est pas plus coquine que cela.
Suzanne, à part.
Voilà du bon bien qui nous arrive.
Le Comte, à part.
Ma il meglio manca ancor.
Elle est intéressée ; tant mieux.
La Contessa
Die Gräfin
La Comtesseregarde au fond.
(Al Conte.)
    Signor, d'accese fiaccole
Mein Herr, ich sehe das Licht brennender Fackeln.
Je vois des flambeaux.
io veggio il balenar.
Il Conte
Der Graf
Le Comte
1730
Entriam, mia bella Venere,
Gehen wir, meine schöne Göttin, wir wollen uns verstecken!
Ce sont les apprêts de ta noce : entrons-nous un moment dans l'un de ces pavillons pour les laisser passer ?
andiamoci a celar.
Susanna, Figaro
Figaro, Susanna
Mariti scimuniti,
Kommt, ihr dumme Ehemänner, lernet.
venite ad imparar.
La Contessa
Die Gräfin
La Comtesse
    Al buio, signor mio?
Dort in das finstere Gebüsch, mein Herr?
Sans lumière ?
Il Conte
Der Graf
Le Comtel'entraîne doucement.
1735
È quello che voglio io:
Das will ich eben; du weißt ja, daß ich nicht zum Lesen hingehe.
À quoi bon ? nous n'avons rien à lire.
tu sai che là per leggere
io non desio d'entrar.
Figaro
Figaro
Figaro, à part.
    La perfida lo seguita,
Die Treulose folget ihm auf dem Fuße. Alles Zweifeln ist vergebens!
Elle y va, ma foi ! Je m'en doutais. (Il s'avance.)
è vano il dubitar.
Susanna, la Contessa
Susanna
1740
I furbi sono in trappola,
Die Arglistigen sind gefangen!
Die Gräfin
camina ben l'affar.
Die Sache geht nach Wunsch!
Il Conte
Der Graf
Le Comtegrossit sa voix en se retournant.
(Figaro passa, il Conte con voce alterata.)
(Figaro geht vorbei, der Graf in einem gebieterischen Tone.)
    Chi passa?
Wer gehet da?
Qui passe ici ?
Figaro
Figaro
Figaro, en colère.
(Con rabbia.)
(zornig)
Passa gente.
Leute gehen.
Passer ! on vient exprès.
La Contessa
Die Gräfin
Le Comte, bas, à la Comtesse.
È Figaro: men vo.
Figaro ist da, ich gehe.
C'est Figaro !… (Il s'enfuit.)
Il Conte
Der Graf
La Comtesse
Andate: io poi verrò.
Gehe, ich komme nach.
Je vous suis.
(Il Conte si disperde nel folto, la Contessa entra a man destra.)
(Der Graf verlieret sich durch das Gebüsch aus dem Angesichte der Zuschauer,die Gräfin gehet rechts hinein.)
(Elle entre dans le pavillon à sa droite, pendant que le Comte se perd dans le bois, au fond.)
SCENA XIII
Dreizehnter Auftritt
SCÈNE VIII
Figaro e Susanna.
Figaro, Susanna.
Figaro, Suzanne, dans l'obscurité.
Figaro
Figaro
Figarocherche à voir où vont le Comte et la Comtesse, qu'il prend pour Suzanne.
1745
    Tutto è tranquillo e placido;
Alles ist ruhig und einsam: Die schöne Venus ist hineingegangen. Ich als ein anderer Vulkan dieses Jahrhunderts werde sie mit dem reizvollen Kriegesgotte überfallen können.
Je n'entends plus rien ; ils sont entrés ; m'y voilà. (D'un ton altéré.) Vous autres époux maladroits, qui tenez des espions à gages, et tournez des mois entiers autour d'un soupçon sans l'asseoir, que ne m'imitez-vous ? Dès le premier jour je suis ma femme, et je l'écoute ; en un tour de main on est au fait : c'est charmant, plus de doutes ; on sait à quoi s'en tenir. (Marchant vivement.) Heureusement que je ne m'en soucie guère, et que sa trahison ne me fait plus rien du tout. Je les tiens donc enfin !
entrò la bella Venere;
col vago Marte prendere,
nuovo Vulcan del secolo,
in rete la potrò.
Suzanne, qui s'est avancée doucement dans l'obscurité.
(À part.) Tu vas payer tes beaux soupçons. (Du ton de voix de la Comtesse.) Qui va là ?
Figaro, extravagant.
« Qui va là ? » Celui qui voudrait de bon cœur que la peste eût étouffé en naissant…
Suzanne, du ton de la Comtesse.
Eh ! mais, c'est Figaro !
Figaroregarde, et dit vivement.
Madame la Comtesse !
Susanna
Susanna
Suzanne
(Con voce alterata.)
(in einem erhabenen Tone)
1750
    Ehi Figaro, tacete.
Ei! Figaro, schweige.
Parlez bas.
Figaro
Figaro
Figaro, vite.
Oh questa è la Contessa…
O! diese ist die Gräfin – – – Sie kommen zu Recht hieher; dort werden Sie es selbst sehen, der Graf und meine Braut – – – Mit eigener Hand sollen Sie die Sache betasten.
Ah ! madame, que le Ciel vous amène à propos ! Où croyez-vous qu'est Monseigneur ?
A tempo qui giungete…
Vedrete là voi stessa…
Il Conte e la mia sposa…
Suzanne
Que m'importe un ingrat ? Dis-moi…
Figaro, plus vite.
Et Suzanne mon épousée, où croyez-vous qu'elle soit ?
Suzanne
Mais parlez bas !
Figaro, très vite.
1755
Di propria man la cosa
Cette Suzon qu'on croyait si vertueuse, qui faisait la réservée ! Ils sont enfermés là-dedans. Je vais appeler.
toccar io vi farò.
Susanna
Susanna
Suzanne, lui fermant la bouche avec la main, oublie de déguiser sa voix.
(Si scorda di alterar la voce.)
(vergisst die Stimme zu verändern)
    Parlate un po' più basso:
Rede in einem niederen Tone; ich gehe von dieser Stelle nicht weg, aber ich will mich rächen.
N'appelez pas.
di qua non muovo passo,
ma vendicar mi vo'.
Figaro
Figaro
Figaro, à part.
1760
    (Susanna!) Vendicarsi?
(Susanna!) Rächen?
Eh c'est Suzon ! God-dam !
Susanna
Susanna
Suzanne, du ton de la Comtesse.
Sì.
Ja.
Vous paraissez inquiet.
Figaro
Figaro
Come potria farsi?
Wie konnte dieses geschehen?
Figaro
Figaro, à part.
(La volpe vuol sorprendermi
(Der Fuchs will mich überraschen!Ich will ihre Reden stützen.)
Traîtresse ! qui veut me surprendre !
e secondar la vo'.)
Susanna
Susanna
(L'iniquo io vo' sorprendere,
(Ich will den Boshafen überfallen;dann weiß ich, was zu tun ist.)
1765
poi so quel che farò.)
Suzanne
Il faut nous venger, Figaro.
Figaro
Figaro
Figaro
(Con comica affettazione.)
(komisch gezwungen)
    Ah se madama il vuole!
Ach, wenn Madame es wollte!
En sentez-vous le vif désir ?
Susanna
Susanna
Suzanne
Su via, manco parole.
Ganz gut, geschwinde um!
Je ne serais donc pas de mon sexe ! Mais les hommes en ont cent moyens.
Figaro
Figaro
Figaro, confidemment.
(Come sopra.)
(wie oben)
Eccomi ai vostri piedi…
Hier bin ich zu Ihren Füßen. Die Liebesflamme steiget in meinem Herzen empor! Überlegen Sie den Platz; denken Sie an den Verräter! Ich kann die Hand schon kaum zurückhalten.
Madame, il n'y a personne ici de trop ; celui des femmes… les vaut tous.
Ho pieno il cor di foco…
1770
Esaminate il loco…
Pensate al traditor.
Susanna
Susanna
Suzanne, à part.
    (Come la man mi pizzica!
Ach, welchen Trieb fühl ich in meinen Händen, welche Unruhe, welchen Wut!
Comme je le souffleterais !
Che smania! Che furor!)
Figaro
Figaro
Figaro, à part.
(Come il polmon mi si altera!
Welche Wallung fühl ich in meinem Geblüte, welche Unruhe, welches Feuer!
Il serait bien gai qu'avant la noce !
1775
Che smania! Che calor!)
Susanna
Susanna
Suzanne
(Alterando la voce un poco.)
(verändert etwas die Stimme)
    E senza alcun affetto?…
Und ohne der geringsten Neigung? – –
Mais qu'est-ce qu'une telle vengeance, qu'un peu d'amour n'assaisonne pas ?
Figaro
Figaro
Figaro
Suppliscavi il dispetto.
Die Rache sei Ihnen ein genugsamer Antrieb; lassen wir die Gelegenheit nicht ungenutzt vorbeigehen; reichen Sie mir die Hand – – – –
Partout où vous n'en voyez point, croyez que le respect dissimule.
Suzanne, piquée.
Je ne sais si vous le pensez de bonne foi, mais vous ne le dites pas de bonne grâce.
Figaro, avec une chaleur comique, à genoux.
Ah ! madame, je vous adore. Examinez le temps, le lieu, les circonstances, et que le dépit supplée en vous aux grâces qui manquent à ma prière.
Suzanne, à part.
La main me brûle.
Figaro, à part.
Le cœur me bat.
Suzanne
Mais, monsieur, avez-vous songé ?…
Figaro
Oui, madame, oui, j'ai songé.
Suzanne
…Que pour la colère et l'amour…
Figaro
Non perdiam tempo invano,
…Tout ce qui se diffère est perdu. Votre main, madame ?
datemi un po' la mano…
Susanna
Susanna
Suzanne, de sa voix naturelle, et lui donnant un soufflet.
(Gli dà uno schiaffo parlando in voce naturale.)
(gibt ihm eine Ohrfeige, indem sie in ihrer gewöhnlichen Stimme redet)
1780
Servitevi, signor.
Bedienen Sie sich, mein Herr!
La voilà.
Figaro
Figaro
Figaro
    Che schiaffo!
Welch eine Ohrfeige!
Ah demonio ! quel soufflet !
Susanna
Susanna
Suzannelui en donne un second.
E ancora questo
Und diese und noch eine und wieder eine.
Quel soufflet ! Et celui-ci ?
e questo e poi quest'altro.
Figaro
Figaro
Figaro
Non batter così presto.
Höre doch einmal auf!
Et qu'es aquo ! de par le diable ! est-ce ici la journée des tapes ?
Susanna
Susanna
Suzannele bat à chaque phrase.
E questo, signor scaltro,
Noch diese, mein listiger Herr, und diese noch.
Ah ! qu'es aquo ? Suzanne : voilà pour tes soupçons ; voilà pour tes vengeances et pour tes trahisons, tes expédients, tes injures et tes projets. C'est-il ça de l'amour ? dis donc comme ce matin ?
1785
e poi quest'altro ancor.
Figaro
Figaro
Figarorit en se relevant.
    Oh schiaffi graziosissimi,
O! was für artige Ohrfeigen! O! wie glücklich ist meine Liebe!
Santa Barbara ! oui c'est de l'amour. Ô bonheur ! ô délices ! ô cent fois heureux Figaro ! Frappe, ma bien-aimée, sans te lasser. Mais quand tu m'auras diapré tout le corps de meurtrissures, regarde avec bonté, Suzon, l'homme le plus fortuné qui fut jamais battu par une femme.
oh mio felice amor!
Susanna
Susanna
Suzanne
Impara, impara, o perfido,
Lerne, o Treuloser, lerne, was Verführen ist.
« Le plus fortuné ! » Bon fripon, vous n'en séduisiez pas moins la Comtesse, avec un si trompeur babil, que m'oubliant moi-même, en vérité, c'était pour elle que je cédais.
a fare il seduttor.
SCENA XIV
Vierzehnter Auftritt
I sudetti, poi il Conte.
Die Vorigen, der Graf.
Figaro
Figaro
Figaro
(Si mette in ginocchio.)
(fällt auf die Knie)
1790
    Pace, pace, mio dolce tesoro!
Friede, Friede! mein zärtlicher Schatz! Ich erkannte die Stimme deren, die ich anbete und die mir stets vor Augen schwebet.
Io conobbi la voce che adoro
Ai-je pu me méprendre, au son de ta jolie voix ?
e che impressa ognor serbo nel cor.
Susanna
Susanna
Suzanne, en riant.
(Ridendo e con sorpresa.)
(lachend mit Verwunderung)
    La mia voce?
Meine Stimme!
Tu m'as reconnue ? Ah ! comme je m'en vengerai !
Figaro
Figaro
La voce che adoro.
Die Stimme, die ich anbete.
Figaro
Bien rosser et garder rancune est aussi par trop féminin ! Mais dis-moi donc par quel bonheur je te vois là, quand je te croyais avec lui ; et comment cet habit, qui m'abusait, te montre enfin innocente…
Suzanne
Eh ! c'est toi qui es un innocent, de venir te prendre au piège apprêté pour un autre ! Est-ce notre faute à nous, si voulant museler un renard, nous en attrapons deux ?
Figaro
Qui donc prend l'autre ?
Suzanne
Sa femme.
Figaro
Sa femme ?
Suzanne
Sa femme.
Figaro, follement.
Ah ! Figaro, pends-toi ; tu n'as pas deviné celui-là ! Sa femme ? Ô douze ou quinze mille fois spirituelles femelles ! – Ainsi les baisers de cette salle… ?
Suzanne
Ont été donnés à Madame.
Figaro
Et celui du page ?
Suzanne, riant.
À Monsieur.
Figaro
Et tantôt, derrière le fauteuil ?
Suzanne
À personne.
Figaro
En êtes-vous sûre ?
Suzanne, riant.
Il pleut des soufflets, Figaro.
Figarolui baise la main.
Ce sont des bijoux que les tiens. Mais celui du Comte était de bonne guerre.
Suzanne
Allons, superbe, humilie-toi.
Figarofait tout ce qu'il annonce.
Cela est juste ; à genoux, bien courbé, prosterné, ventre à terre.
Suzanne, en riant.
Ah ! ce pauvre Comte ! quelle peine il s'est donnée…
Figarose relève sur ses genoux.
…Pour faire la conquête de sa femme !
Susanna, Figaro
Figaro, Susanna
Pace, pace, mio dolce tesoro,
Friede, Friede, mein geliebter Schatz; Friede, meine zärtliche Liebe.
1795
pace, pace, mio tenero amor!
SCÈNE IX
Le Comte entre par le fond du théâtre, et va droit au pavillon à sa droite. Figaro, Suzanne.
Il Conte
Der Graf
Le Comte, à lui-même.
    Non la trovo, e girai tutto il bosco.
Ich finde sie nicht; ich bin den ganzen Wald durchgangen.
Je la cherche en vain dans le bois, elle est peut-être entrée ici.
Susanna, Figaro
Susanna, Figaro
Suzanne, à Figaro, parlant bas.
Questi è il Conte, a la voce il conosco.
Dieser ist er Graf; ich kenne ihn an der Stimme.
C'est lui.
Il Conte
Der Graf
Le Comte, ouvrant le pavillon.
(Parlando verso la nicchia dove entrò madama, cui apre egli stesso.)
(redet dem Gelager zu, wo Madame hineingegangen, der er selbst aufmacht)
Ehi Susanna… sei sorda… sei muta?
Ehi! Susanna – – – bist du taub – – – bist du stumm?
Suzon, es-tu là-dedans ?
Figaro, bas.
Il la cherche, et moi je croyais…
Susanna
Susanna
Suzanne, bas.
Bella, bella! Non l'ha conosciuta!
Hübsch! Hübsch! er hat sie nicht gekannt.
Il ne l'a pas reconnue.
Figaro
Figaro
1800
Chi?
Wen?
Susanna
Susanna
Madama.
Madame.
Figaro
Figaro
Madama?
Madame?
Susanna
Susanna
Madama.
Ja, Madame.
Figaro, Susanna
Figaro, Susanna
Figaro
La comedia, idol mio, terminiamo,
Enden wir, mein Herz! dieses Lustspiel! Trösten wir den sonderbaren Liebhaber.
Achevons-le, veux-tu ? (Il lui baise la main.)
consoliamo il bizzarro amator.
Figaro
Figaro
(Si mette ai piedi di Susanna.)
(fällt vor Susanna auf die Knie)
    Sì, madama, voi siete il ben mio.
Ja, Madame, Sie sind meine einzige Freude.
Il Conte
Der Graf
Le Comtese retourne.
La mia sposa!… Ah senz'arme son io.
Ach! meine Frau – – – itzt muss ich eben ohne Waffen sein!
Un homme aux pieds de la Comtesse !… Ah ! je suis sans armes. (Il s'avance.)
Figaro
Figaro
Figarose relève tout-à-fait en déguisant sa voix.
1805
Un ristoro al mio cor concedete.
Gestatten Sie meinem Herzen eine Erholung.
Pardon, madame, si je n'ai pas réfléchi que ce rendez-vous ordinaire était destiné pour la noce.
Le Comte, à part.
C'est l'homme du cabinet de ce matin. (Il se frappe le front.)
Figarocontinue.
Mais il ne sera pas dit qu'un obstacle aussi sot aura retardé nos plaisirs.
Susanna
Susanna
Io son qui, faccio quel che volete.
Hier bin ich; ich tue, was du willst.
Il Conte
Der Graf
Le Comte, à part.
Ah ribaldi!
Ach, ihr Gottlosen!
Massacre, mort, enfer !
Susanna, Figaro
Susanna, Figaro
Figaro, la conduisant au cabinet.
Corriamo, mio bene;
Eilen wir, mein Schatz, das Vergnügen soll unsere Pein ersetzen.
(Bas.) Il jure. (Haut.) Pressons-nous donc, madame, et réparons le tort qu'on nous a fait tantôt, quand j'ai sauté par la fenêtre.
e le pene compensi il piacer.
Le Comte, à part.
Ah ! tout se découvre enfin.
Suzanne, près du pavillon à sa gauche.
Avant d'entrer, voyez si personne n'a suivi. (Il la baise au front.)
Le Comtes'écrie.
Vengeance !
(Vanno verso la nicchia a man manca.)
(Sie gehen dem Gelager zu, so links ist.)
(Suzanne s'enfuit dans le pavillon où sont entrés Fanchette, Marceline et Chérubin.)
SCÈNE X
Le Comte, Figaro.
(Le Comte saisit le bras de Figaro.)
Il Conte
Der Graf
    Gente, gente, a l'armi, a l'armi!
Kommt, Leute, eilet – – – zu den Waffen, zu den Waffen!
(Susanna entra nella nicchia; Figaro finge eccessiva paura.)
(Susanna geht in das Gelager;Figaro stellt sich äußerst erschrocken.)
Figaro
Figaro
Figaro, jouant la frayeur excessive.
1810
Il padrone! Son perduto!
Der Herr! Ach, wie wird es mir gehen?
C'est mon maître.
Il Conte
Der Graf
Le Comtele reconnaît.
Gente, gente, aiuto, aiuto!
Hilfe, Leute! Hilfe!
Ah ! scélérat, c'est toi ! Holà ! quelqu'un, quelqu'un !
SCÈNE XI
Pédrille, le Comte, Figaro.
Pédrille, botté.
Monseigneur, je vous trouve enfin.
Le Comte
Bon, c'est Pédrille. Es-tu tout seul ?
Pédrille
Arrivant de Séville à étripe-cheval.
Le Comte
Approche-toi de moi, et crie bien fort.
Pédrille, criant à tue-tête.
Pas plus de page que sur ma main. Voilà le paquet.
Le Comtele repousse.
Eh, l'animal !
Pédrille
Monseigneur me dit de crier.
Le Comte, tenant toujours Figaro.
Pour appeler. – Holà ! quelqu'un ! si l'on m'entend, accourez tous !
Pédrille
Figaro et moi, nous voilà deux ; que peut-il donc vous arriver ?
SCENA XV
Fünfzehnter Auftritt
SCÈNE XII
I sudetti, Antonio, Basilio e coro con fiaccole accese.
Die Vorigen, Anton, Basilio, Chor mit brennenden Fackeln.
Les acteurs précédents, Brid’oison, Bartholo, Bazile, Antonio, Grippe-Soleil, toute la noce accourt avec des flambeaux.
Bartholo, à Figaro.
Tu vois qu'à ton premier signal…
Le Comte, montrant le pavillon à sa gauche.
Pédrille, empare-toi de cette porte.
(Pédrille y va.)
Bazile, bas, à Figaro.
Tu l'as surpris avec Suzanne ?
Le Comte, montrant Figaro.
Et vous, tous mes vassaux, entourez-moi cet homme et m'en répondez sur la vie.
Bazile
Ha ! Ha !
Le Comte, furieux.
Taisez-vous donc. (À Figaro d'un ton glacé.) Mon cavalier, répondez-vous à mes questions ?
Figaro, froidement.
Eh ! qui pourrait m'en exempter, Monseigneur ? Vous commandez à tout ici, hors à vous-même.
Le Comte, se contenant.
Hors à moi-même !
Antonio
C'est ça parler.
Le Comtereprend sa colère.
Non, si quelque chose pouvait augmenter ma fureur ! ce serait l'air calme qu'il affecte !
Figaro
Sommes-nous des soldats qui tuent et se font tuer pour des intérêts qu'ils ignorent ? je veux savoir, moi, pourquoi je me fâche.
Antonio, Basilio, Coro
Anton, Basilio, Chor
Cosa avvenne?
Was ist geschehen?
Il Conte
Der Graf
Le Comte, hors de lui.
Il scellerato!
Der Lasterhafte! Er hat mich betrogen, er hat mich entehret, und mit wem, das werdet ihr sehen.
Ô rage ! (Se contenant.) Homme de bien qui feignez d'ignorer ! nous ferez-vous au moins la faveur de nous dire quelle est la dame actuellement par vous amenée dans ce pavillon ?
M'ha tradito, m'ha infamato,
e con chi state a veder.
Figaro, montrant l'autre avec malice.
Dans celui-là ?
Le Comte, vite.
Dans celui-ci.
Figaro, froidement.
C'est différent. Une jeune personne qui m'honore de ses bontés particulières.
Bazile, étonné.
Ha, ha !
Le Comte, vite.
Vous l'entendez, messieurs.
Bartholo, étonné.
Nous l'entendons ?
Le Comte, à Figaro.
Et cette jeune personne a-t-elle un autre engagement que vous sachiez ?
Figaro, froidement.
Je sais qu'un grand seigneur s'en est occupé quelque temps : mais, soit qu'il l'ait négligée ou que je lui plaise mieux qu'un plus aimable, elle me donne aujourd'hui la préférence.
Le Comte, vivement.
La préf… (Se contenant.) Au moins il est naïf ! car ce qu'il avoue, messieurs, je l'ai ouï, je vous jure, de la bouche même de sa complice.
Brid'oison, stupéfait.
Sa-a complice !
Le Comte, avec fureur.
Or quand le déshonneur est public, il faut que la vengeance le soit aussi.
(Il entre dans le pavillon.)
SCÈNE XIII
Tous les acteurs précédents, hors le Comte.
Antonio
C'est juste.
Brid'oison, à Figaro.
Qui-i donc a pris la femme de l'autre ?
Figaro, en riant.
Aucun n'a eu cette joie-là.
Antonio, Basilio
Anton
1815
    Fuor di senno è il poveruomo,
Der Arme! er ist völlig außer sich.
Basilio
non mi par che ciò sia ver.
Das scheinet mir nicht wahr zu sein.
Il Coro, Figaro
Chor
Fuor di senno è il poveruomo,
Der Arme ist völlig außer sich.
Figaro
oh che scena da goder!
Welch ein unterhaltliches Ereignis!
SCÈNE XIV
Les acteurs précédents, Le Comte, Chérubin.
Il Conte
Der Graf
Le Comte, parlant dans le pavillon, et attirant quelqu'un qu'on ne voit pas encore.
(Tira pel braccio Cherubino, che fa forza per non sortire né si vede che per metà.)
(reißt den Cherubin bei dem Arme, der ihm widerstehen will und nur halb gesehen wird)
    Invan resistete,
Vergebens widerstehest du; hervor, Madame, du sollst den Lohn für deine Ehrbarkeit empfangen.
Tout vos efforts sont inutiles ; vous êtes perdue, madame ; et votre heure est bien arrivée ! (Il sort sans regarder.) Quel bonheur qu'aucun gage d'une union aussi détestée…
1820
uscite, madama,
il premio or avrete
di vostra onestà.
Figaros'écrie.
Chérubin !
Der Graf
Le Comte
    Il paggio!
Der Page!
Mon page ?
(Dopo il paggio escono Barbarina, Marcellina e Susanna, vestita cogli abiti della Contessa: si tiene il fazzoletto sulla faccia, s'inginocchia a' piedi del Conte.)
(Nach dem Pagen kommen Barberina, Marzellina und Susanna in den Kleidern der Gräfin hervor, letztere verdecket sich mit dem Schnupftuche das Gesicht und fällt vor dem Grafen auf die Knie.)
Bazile
Ha ! ha !
Le Comte, hors de lui.
(À part.) Et toujours le page endiablé ! (À Chérubin.) Que faisiez-vous dans ce salon ?
Chérubin, timidement.
Je me cachais, comme vous l'avez ordonné.
Pédrille
Bien la peine de crever un cheval !
Le Comte
Entres-y, toi, Antonio ; conduis devant son juge l'infâme qui m'a déshonoré.
Brid'oison
C'est Madame que vous y-y cherchez ?
Antonio
L'y a, parguenne, une bonne Providence ! Vous en avez fait tant dans le pays…
Le Comte, furieux.
Entre donc !
(Antonio entre.)
SCÈNE XV
Les acteurs précédents, excepté Antonio.
Le Comte
Vous allez voir, messieurs, que le page n'y était pas seul.
Chérubin, timidement.
Mon sort eût été trop cruel, si quelqu'âme sensible n'en eût adouci l'amertume.
SCÈNE XVI
Les acteurs précédents, Antonio, Fanchette.
Antonio, attirant par le bras quelqu'un qu'on ne voit pas encore.
Allons, madame, il ne faut pas vous faire prier pour en sortir, puisqu'on sait que vous y êtes entrée.
Figaros'écrie.
La petite cousine !
Bazile
Ha ! ha !
Le Comte
Fanchette !
Antonio
Anton
Antoniose retourne et s'écrie.
Mia figlia!
Meine Tochter!
Ah ! palsembleu, Monseigneur, il est gaillard de me choisir pour montrer à la compagnie que c'est ma fille qui cause tout ce train-là !
Le Comte, outré.
Qui la savait là-dedans ?
(Il veut rentrer.)
Bartholo, au-devant.
Permettez, Monsieur le Comte, ceci n'est pas plus clair. Je suis de sang-froid, moi.
(Il entre.)
Brid'oison
Voilà une affaire au-aussi trop embrouillée.
SCÈNE XVII
Les acteurs précédents, Marceline.
Bartholo, parlant en dedans, et sortant.
Ne craignez rien, madame, il ne vous sera fait aucun mal ; j'en réponds. (Il se retourne et s'écrie :) Marceline !…
Bazile
Ha, ha !
Figaro
Figaro
Figaro, riant.
Mia madre!
Meine Mutter!
Eh ! quelle folie ! ma mère en est ?
Antonio
À qui pis fera.
Le Comte, outré.
Que m'importe à moi ? La Comtesse…
SCÈNE XVIII
Les acteurs précédents, Suzanne.
(Suzanne, son éventail sur le visage.)
Tutti
Alle
Madama!
Madame!
Il Conte
Der Graf
Le Comte
1825
Scoperta è la trama,
Die Verwicklung ist aufgelöset: Hier ist die Treulose.
…Ah ! la voici qui sort. (Il la prend violemment par le bras.) Que croyez-vous, messieurs, que mérite une odieuse… ?
la perfida è qua.
(Si inginocchiano tutti ad uno ad uno.)
(Alle knien nieder, einer nach dem anderen.)
(Suzanne se jette à genoux, la tête baissée.)
Susanna
Susanna
    Perdono, perdono!
Vergebung, Vergebung!
Il Conte
Der Graf
Le Comte, fort.
No no, non sperarlo.
Nein, hoffe sie nicht.
Non, non.
Figaro
Figaro
(Figaro se jette à genoux de l'autre côté.)
Perdono, perdono!
Vergebung, Vergebung!
Il Conte
Der Graf
Le Comte, plus fort.
1830
No no, non vo' darlo.
Nein, nein, du sollst sie nicht erhalten.
Non, non.
(Marceline se jette à genoux devant lui.)
Le Comte, plus fort.
Non, non.
Tutti
Alle
(Tous se mettent à genoux, excepté Brid'oison.)
    Perdono, perdono!
Vergebung, Vergebung!
Il Conte
Der Graf
Le Comte, hors de lui.
(Con più forza.)
(mit Nachdruck)
No, no, no, no, no.
Nein! Nein, gar nicht, nein!
Y fussiez-vous un cent !
SCÈNE XIX et dernière
Tous les acteurs précédents, La Comtesse sort de l'autre pavillon.
La Contessa
Die Gräfin
La Comtessese jette à genoux.
(Esce dall'altra nicchia e vuole inginocchiarsi, il Conte nol permette.)
(tritt aus dem Gelager heraus und will niederknien, der Graf lässt es nicht zu)
Almeno io per loro
Vielleicht werde ich wenigstens Vergebung für sie erhalten.
Au moins je ferai nombre.
perdono otterrò.
Il Conte
Der Graf
Le Comte, regardant la Comtesse et Suzanne.
1835
    Oh cielo! Che veggio!
O Himmel! was sehe ich! Ich werde unsinnig! ich verzweifle! Kaum kann ich es glauben. O Gräfin, verzeihe!
Ah ! qu'est-ce que je vois !
Deliro! Vaneggio!
Che creder non so.
Brid'oison, riant.
Eh pardi, c'è-est Madame.
Le Comteveut relever la Comtesse.
(In tuon supplichevole.)
(bittweise)
    Contessa, perdono!
Quoi, c'était vous, Comtesse ? (D'un ton suppliant.) Il n'y a qu'un pardon bien généreux…
La Contessa
Die Gräfin
La Comtesse, en riant.
Più docile io sono
Ich bin viel nachgiebiger und verzeihe dir gleich.
Vous diriez « Non, non », à ma place ; et moi, pour la troisième fois d'aujourd'hui, je l'accorde sans condition.
1840
e dico di sì.
(Elle se relève.)
Suzannese relève.
Moi aussi.
Marcelinese relève.
Moi aussi.
Figarose relève.
Moi aussi ; il y a de l'écho ici ! (Tous se relèvent.)
Le Comte
De l'écho ! – J'ai voulu ruser avec eux ; ils m'ont traité comme un enfant !
La Comtesse, en riant.
Ne le regrettez pas, Monsieur le Comte.
Figaro, s'essuyant les genoux avec son chapeau.
Une petite journée comme celle-ci forme bien un ambassadeur !
Le Comte, à Suzanne.
Ce billet fermé d'une épingle ?…
Suzanne
C'est Madame qui l'avait dicté.
Le Comte
La réponse lui en est bien due.
(Il baise la main de la Comtesse.)
La Comtesse
Chacun aura ce qui lui appartient.
(Elle donne la bourse à Figaro et le diamant à Suzanne.)
Suzanne, à Figaro.
Encore une dot.
Figaro, frappant la bourse dans sa main.
Et de trois. Celle-ci fut rude à arracher !
Suzanne
Comme notre mariage.
Grippe-Soleil
Et la jarretière de la mariée, l'aurons-je ?
La Comtessearrache le ruban qu'elle a tant gardé dans son sein, et le jette à terre.
La jarretière ? Elle était avec ses habits ; la voilà.
(Les garçons de la noce veulent la ramasser.)
Chérubin, plus alerte, court la prendre et dit:
Que celui qui la veut, vienne me la disputer.
Le Comte, en riant, au page.
Pour un monsieur si chatouilleux, qu'avez-vous trouvé de gai à certain soufflet de tantôt ?
Chérubinrecule en tirant à moitié son épée.
À moi, mon colonel ?
Figaro, avec une colère comique.
C'est sur ma joue qu'il l'a reçu : voilà comme les grands font justice !
Le Comte, riant.
C'est sur sa joue ? Ha, ha, ha, qu'en dites-vous donc, ma chère Comtesse ?
La Comtesse, absorbée, revient à elle, et dit avec sensibilité.
Ah ! oui, cher Comte, et pour la vie, sans distraction, je vous le jure.
Le Comte, frappant sur l'épaule du juge.
Et vous, don Brid'oison, votre avis maintenant ?
Brid'oison
Su-ur tout ce que je vois, Monsieur le Comte… ma-a foi, pour moi je-e ne sais que vous dire : voilà ma façon de penser.
Tous ensemble
Bien jugé !
Figaro
J'étais pauvre, on me méprisait. J'ai montré quelque esprit, la haine est accourue. Une jolie femme et de la fortune…
Bartholo, en riant.
Les cœurs vont te revenir en foule.
Figaro
Est-il possible ?
Bartholo
Je les connais.
Figaro, saluant les spectateurs.
Ma femme et mon bien mis à part, tous me feront honneur et plaisir.
On joue la ritournelle du Vaudeville (air noté).
Vaudeville
Bazile
Premier couplet
    Triple dot, femme superbe ;
Que de biens pour un époux !
D'un seigneur, d'un page imberbe,
Quelque sot serait jaloux,
Du latin d'un vieux proverbe
L'homme adroit fait son parti.
Figaro
Je le sais…
(Il chante.) Gaudeant bene nati.
Bazile
Non…
(Il chante.) Gaudeat bene nanti.
Suzanne
Deuxième couplet
    Qu'un mari sa foi trahisse,
Il s'en vante, et chacun rit ;
Que sa femme ait un caprice,
S'il l'accuse on la punit.
De cette absurde injustice,
Faut-il dire le pourquoi ?
Les plus forts ont fait la loi… bis.
Figaro
Troisième couplet
    Jean Jeannot, jaloux risible,
Veut unir femme et repos ;
Il achète un chien terrible,
Et le lâche en son enclos.
La nuit, quel vacarme horrible !
Le chien court, tout est mordu,
Hors l'amant qui l'a vendu… bis.
La Comtesse
Quatrième couplet
    Telle est fière et répond d'elle,
Qui n'aime plus son mari ;
Telle autre presque infidèle,
Jure de n'aimer que lui.
La moins folle, hélas ! est celle
Qui se veille en son lien,
Sans oser jurer de rien… bis.
Le Comte
Cinquième couplet
    D'une femme de province,
À qui ses devoirs sont chers,
Le succès est assez mince ;
Vive la femme aux bons airs !
Semblable à l'écu du Prince,
Sous le coin d'un seul époux,
Elle sert au bien de tous… bis.
Marceline
Sixième couplet
    Chacun sait la tendre mère,
Dont il a reçu le jour ;
Tout le reste est un mystère,
C'est le secret de l'amour.
Figarocontinue l'air.
Ce secret met en lumière
Comment le fils d'un butor
Vaut souvent son pesant d'or… bis.
Septième couplet
    Par le sort de la naissance,
L'un est roi, l'autre est berger ;
Le hasard fit leur distance ;
L'esprit seul peut tout changer.
De vingt rois que l'on encense,
Le trépas brise l'autel ;
Et Voltaire est immortel… bis.
Chérubin
Huitième couplet
    Sexe aimé, sexe volage,
Qui tourmentez nos beaux jours,
Si de vous chacun dit rage,
Chacun vous revient toujours.
Le parterre est votre image ;
Tel paraît le dédaigner,
Qui fait tout pour le gagner… bis.
Suzanne
Neuvième couplet
    Si ce gai, ce fol ouvrage,
Renfermait quelque leçon,
En faveur du badinage,
Faites grâce à la raison.
Ainsi la nature sage
Nous conduit, dans nos désir,
À son but par les plaisirs… bis.
Brid'oison
Dixième couplet
    Or, Messieurs, la co-omédie
Que l'on juge en cè-et instant,
Sauf erreur, nous pein-eint la vie
Du bon peuple qui l'entend.
Qu'on l'opprime, il peste, il crie ;
Il s'agite en cent fa-açons ;
Tout fini-it par des chansons… bis.
Tutti
Alle
Ah tutti contenti
Ach, so werden wir alle vergnügt sein.
saremo così.
    Questo giorno di tormenti,

     Diesen Tag der Angst, des Eigensinnes und der Torheit kann die Liebe allein in ungestörter Freude endigen.
di capricci e di follia
1845
in contenti e in allegria
solo amor può terminar.
    Sposi, amici, al ballo, al gioco,

     Brautleute, Freunde, zum Tanze, zum Spiele; zündet die Feuerwerke an; eilen wir unter dem Schalle eines anmutigen Marsches, das Fest zu feuern.
alle mine date foco,
ed al suon di lieta marcia
1850
andiam tutti a festeggiar!
BALLET GÉNÉRAL
Fine dell'opera.
Ende des Schauspiels.
Fin du cinquième et dernier acte.
S'adresser, pour la musique de l'ouvrage, à M. BAUDRON, chef d'orchestre du Théâtre-Français.


APPROBATIONS

J'ai lu, par ordre de M.Monsieur le Lieutenant de Police, la pièce intitulée : La folle journée, ou Le Mariage de Figaro ; et je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en empêcher l'impression et la représentation. À Paris, ce vingt-huit février mil sept cent quatre-vingt-quatre.
Signé, COQUELEY DE CHAUSSEPIERRE.


J'ai lu, par ordre de M.Monsieur le Lieutenant général de Police, la pièce intitulée : La folle journée, ou Le Mariage de Figaro ; et je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en empêcher la représentation et l'impression. À Paris, ce vingt-un mars mil sept cent quatre-vingt-quatre,
Signé, BRET.


Vu les approbations ; permis d'imprimer et représenter. À Paris, ce vingt-neuf mars mil sept cent quatre-vingt-quatre.
Signé, LENOIR.


ERRATA (déjà corrigés)

PRÉFACE
Page
9, ligne 8, ces fantômes, lisez, ses fantômes.
10, ligne dernière, n'existe, lisez, existe.
11, 2, les bons et les mauvais, lisez, bons et mauvais.
ibid. 24, ces grands coups, lisez, ses grands coups.
13, 9, de l'œil de bœuf ou des carrosses, lisez, de l'œil-de-bœuf et des Carrosses.
26, 7, la coquette ou la coquine, lisez, la coquette ou coquine.
49, 6, espagnole, lisez, espagnol.

COMÉDIE
Page
116, ligne 2, dans lesquels vous mêlerez, lisez, dans lesquels on mêlera.
175, 94, poursuivions, lisez, poursuivons.
178, 5, sont rentrés, lisez, sont entrés.
183, 23, les bois, lisez, le bois.